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4 décembre 2017

Un portrait des Ehpad dans l’air du temps

La Drees a publié les résultats 2015 de sa désormais traditionnelle « enquête EHPA ». Une mine d’informations très instructive, qui trouve un écho particulier en cette époque de « bilan » pour les Ehpad.

Depuis cet été, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) dévoile progressivement les résultats de son « enquête EHPA 2015 »[1]. Comme tous les 4 ans, cette étude dresse le portrait des établissements français d’hébergement pour personnes âgées, et notamment des Ehpad, ainsi que de leurs résidents. Ce nouveau cru, dont les données ont été pour la première fois exclusivement collectées par internet, confirme sans surprise les tendances à l’œuvre depuis plusieurs années, notamment sur le profil de vos résidents.

Une activité toujours à la hausse

De 2011 à 2015, près de 200 nouveaux Ehpad ont ouvert leur porte, donnant le jour à 53 360 nouvelles places. Ainsi, à la fin de l’année 2015, la France comptait 600 380 places d’Ehpad (voir schéma 1), répartis entre le public (49%), le privé associatif (29%) et le privé commercial (22%). Pas de révolution dans la répartition du marché entre statuts juridiques donc, même si l’on peut noter que c’est le privé commercial qui a connu la plus belle croissance de 2011 à 2015 (+ 12,4% contre 7,6% pour l’associatif et 2,8% pour le public). En valeur toutefois, la victoire est moins nette puisque le commercial est à l’origine de la création de 22 250 places, soit 42% des nouvelles places enregistrées de 2011 à 2015, contre 16 180 places pour l’associatif, soit 30% et 14 930 places, pour le public, soit 28%.

Au 31 décembre 2015, on recensait au sein de ces Ehpad 585 560 résidents, soit 7% de plus qu’en 2011. Vos établissements enregistraient alors un taux d’occupation moyen de 97,5%, soit une progression de 0,8 points par rapport à 2011. Là encore c’est le privé commercial qui enregistre la plus forte croissance sur 4 ans (+1,4 points contre +0,9 pour l’associatif et +0,6 pour le public), lui permettant de rattraper légèrement son « retard ». Il enregistrait en effet en 2015 un taux d’occupation proche de 95% contre plus de 98% dans le public et l’associatif.

Ces taux d’activité relativement élevés reflètent des flux d’entrées et de sortie tendus. En 2015, 246 300 personnes ont emménagé dans un Ehpad : par conséquent, plus de 40% des résidents présents le 31 décembre étaient arrivés au cours de l’année. Le renouvellement du public accueilli est donc permanent, malgré un léger allongement de la durée de séjour qui est passée en quatre ans de 2 ans et 7 mois à 2 ans et 9 mois pour les femmes et de 1 ans et 10 mois à 2 ans pour les hommes.

Ce renouvellement tend à fluidifier l’accès aux Ehpad pour les personnes âgées. L’enquête révèle en effet que le temps d’attente avant l’admission est inférieur à 1 mois dans 60% des cas et compris entre 1 mois et 6 mois dans 24% des cas. En revanche, il était de 6 mois à 1 an pour 8% des entrées enregistrées en 2015 et de plus d’1 an pour les 8% restants.

Une femme dépendante de 86 ans et 5 mois

Voici le portrait-robot du « résident moyen » de vos Ehpad, ou plutôt de la « résidente moyenne » car plus de trois quarts d’entre eux sont des femmes… et plutôt des femmes seules puisque 90% d’entre elles n’ont pas ou n’ont plus de conjoint (contre seulement 74% pour les hommes). Cela s’explique bien évidemment par la différence d’espérance de vie entre les deux sexes, celle d’un homme étant aujourd’hui de 22,9 ans après 60 ans, contre 27,3 pour son homologue féminine.

Au 31 décembre 2015, ces résidents avaient en moyenne 86 ans et 5 mois et plus de la moitié avait plus de 88 ans. Ce sont les établissements privés commerciaux qui accueillent les résidents les plus âgées (87 ans et 6 mois, contre 86 ans et 8 mois pour les associatifs et 85 ans et 10 mois dans le public). Il en découle assez naturellement que ce sont ces mêmes établissements qui enregistrent la durée de séjour la plus courte (1 an et 10 mois contre 2 ans et 8 mois pour le public et l’associatif).

Sans surprise, l’enquête révèle également que vos résidents sont de plus en plus dépendants puisque le GMP moyen est passé en 4 ans de 689 points à 710. Cette progression de la dépendance concerne par ailleurs tous les âges : quelle que soit la catégorie d’âge, la part des personnes dépendantes (GIR 1 à 4) parmi les résidents en Ehpad progresse en moyenne de 2 à 3 points depuis 2011, passant ainsi de 88 à 91% sur l’ensemble de la population accueillie. Au 31 décembre 2015, en effet, 9 résidents sur 10 étaient dépendants (Gir 1 à 4) et plus de la moitié étaient même très dépendants (18% sont classés en GIR 1 et 36% en GIR 2 contre respectivement 17% et 31% en 2011) – voir schéma 2. Plus spécifiquement, l’enquête révèle que 260 000 résidents souffrent de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée, soit au moins un tiers des personnes accueillies.

Face à ces évolutions, quels moyens architecturaux et humains ?

Pour faire face à cette dépendance accrue et notamment à l’augmentation des personnes atteintes de troubles du comportement, les différents plans nationaux (Plan Alzheimer en 2008 puis Plan Maladie Neurodégénératives en 2014) ont impulsé la mise en place au sein des Ehpad des PASA et des UHR. Si le nombre d’Ehpad disposant de PASA a quasiment quadruplé entre 2011 et 2015 pour atteindre 1 520 (soit 1 Ehpad sur 5), la mise en place des UHR est moins rapide avec, à ce jour, 3% des Ehpad qui en disposent, soit 250 unités environ. Parallèlement à cela, 47% des Ehpad déclarent disposer d’une unité spécifique (ex- « cantou » ou « unité protégée »).

Cette capacité en hausse n’est toutefois pas suffisante puisque seulement 11% des résidents sont accueillis dans une unité spécifique et 5% en PASA ou UHR. Par conséquent, seuls 40% des résidents souffrant de maladies neurodégénératives sont accueillis au sein d’une unité dédiée à ce type de prise en charge.

Sur les moyens humains, on constate que le taux d’encadrement global a très légèrement diminué entre 2011 et 2015, passant de 0,65 ETP par résident à 0,63. Cette évolution s’explique en grande partie par une coupe dans les effectifs de direction et de service généraux (voir tableau 1). On notera en outre que les Ehpad publics étaient mieux dotés en personnel que les autres établissements avec un taux d’encadrement de 0,68 ETP par résident contre 0,59 pour l’associatif et 0,56 pour le commercial.

Plus spécifiquement sur le personnel AS/AMP, le taux d’encadrement est passé de 0,25 ETP par résident à 0,23 ETP. Une baisse très peu significative en valeur mais plutôt étonnante dans le contexte actuel où les sous-effectifs au chevet du résident font la une de tous les débats et de tous les médias.

Des chiffres qui dessinent l’Ehpad de demain ?

Les résidents arrivent en Ehpad de plus en plus âgés et dépendants. En 2015, ils avaient en moyenne lors de leur entrée en établissement 85 ans et 8 mois (soit 11 mois de plus qu’en 2011) et 89,2% d’entre eux étaient classés GIR 1 à 4 (contre 85,8% 4 ans plus tôt). Ces évolutions sont en partie dues aux politiques publiques en faveur du maintien à domicile mais s’expliquent surtout par la volonté toujours plus affirmée des personnes âgées de vieillir chez elles.

L’Ehpad devient alors l’ultime solution pour les personnes qui ne peuvent plus rester à domicile après plusieurs années d’accompagnement par leurs proches ou après un accident imprévu. En 2015 en effet, 56,3% des résidents entrés en Ehpad au cours de l’année venaient directement de leur domicile ou du domicile d’un proche, contre 52% en 2011. La majorité des autres arrivait d’un service de soins de suite et de réadaptation (13,9%) ou d’une unité médicale de court séjour (10,7%).

Même constat en étudiant les statistiques à la sortie de l’Ehpad, qui est généralement le dernier lieu d’hébergement de la personne. On observe en effet qu’en dépit d’une durée moyenne de séjour évaluée à 2 ans et 7 mois, plus d’un tiers des personnes entrées en Ehpad en 2015 sont également sorties définitivement de l’établissement la même année. Et parmi ces sorties, 68% sont justifiées par un décès (51,1% dans l’établissement et 16,5% lors d’une hospitalisation). Un quart des départs toutefois est volontaire, à l’initiative du résident ou d’un proche.

Sans surprise, ce portrait des Ehpad et de leurs résidents corrobore donc les constats du rapport Iborra selon lesquels l’Ehpad qui devait être « un lieu de vie dans lequel on soigne » est devenu « un lieu de soin dans lequel on vit ».

Anna Kuhn Lafont

[1]. La Drees a successivement publié deux rapports relatifs à son enquête EHPA 2015 : « 728 000 résidents en établissements pour personnes âgées en 2015 – Premiers résultats de l’enquête EHPA » en juillet 2017 et « L’accueil des personnes âgée en établissement : entre progression et diversification de l’offre » en septembre 2017.

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