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13 septembre 2018

Redonner du sens au soin pour éviter les burnout

Selon Martine Soudani, médecin coordonnateur au sein du Centre d’action sociale de la ville de Paris, une des pistes pour favoriser le bien être des professionnels en établissement est bien de redonner du sens à l’acte de soin. Un objectif qui suppose de porter un autre regard sur la perte d’autonomie.

Favoriser la qualité de vie au travail des soignants : l’objectif est ambitieux mais encore difficilement accessible pour bon nombre de professionnels, notamment chez les médecins coordonnateurs. Si les moyens, la gouvernance ou encore l’organisation sont régulièrement évoqués pour tenter de favoriser cette fameuse QVT, certains considèrent que celle-ci passe par un autre regard porté sur les résidents dépendants et sur les polypathologies dont ils souffrent bien souvent. C’est le cas de Martine Soudani, médecin coordonnateur au Centre d’action sociale de la Ville de Paris. Selon elle, devant la multiplication des soins et les besoins croissants des résidents, il n’est évidemment pas question de diminuer le nombre des actes de soins mais de les optimiser. Plutôt que de multiplier les actes de façon mécanique, il semble nécessaire de proposer en amont une approche pluridisciplinaire vis-à-vis du résident. Dans ce cadre, la mise en place d’un projet de soin établi en collégialité, notamment avec le résident et sa famille, paraît essentielle. Cette étape a notamment pour objectif de mieux comprendre les attentes de la personne, mais également les raisons de son refus d’être accompagnée. Il s’agit aussi plus globalement de penser une nouvelle approche de la dépendance bien trop souvent associée à la perte d’autonomie.

En effet, si le professionnel tente, au travers de ses échanges avec ses collègues et la famille, d’avoir une vision positive de la dépendance, en s’appuyant sur les nombreuses capacités restantes de la personne, sur son histoire et son parcours, de la vision qu’il a de sa propre dépendance, alors il apprendra à relativiser certains comportements, à adapter sa réponse au regard d’une histoire personnelle et donnera un nouveau sens à son métier, ce qui contribuera à renforcer son sentiment d’utilité et donc sa qualité de vie au travail.

Un savoir-faire pas toujours suffisant

Le temps passé à la préparation d’un projet de soin solide comportant une procédure d’évaluation débutant dès la visite d’admission puis complétée par une évaluation gériatrique standardisée à partir de réunions collégiales et pluridisciplinaire, contribuera largement au bien-être de soignants « Au sein de ces rencontres, un temps de parole suffisant pour chacune des disciplines doit être assuré. Dans cette optique, il n’est pas inutile de proposer des maquettes de réunion de façon à atteindre cet objectif », explique Martine Soudani.

La vision actuelle de la perte d’autonomie, le tout protocole préconisé bien souvent par les tutelles, la volonté de masquer les incapacités des résidents, est sans doute à la source du mal-être des soignants et de nombreux burnout. Bien évidemment, ce changement de logique passe par une culture différente qui doit irriguer le projet de l’établissement et qui suppose bien souvent des formations. La direction de l’établissement doit en effet prendre conscience que prendre soin des personnes très régressées est possible et partager cette autre culture du soin. « Il appartient au médecin coordonnateur d’impulser cette dynamique en faisant en sorte que les personnels présents au sein de l’établissement se rencontrent et se parlent. Pour convaincre le directeur qui ne voit pas toujours l’utilité de ces échanges alors qu’il doit organiser la continuité des soins avec un faible quota du personnel soignant, le médecin coordonnateur peut proposer de développer de nouvelles méthodes comme l’art-thérapie ou les thérapies non-médicamenteuses. Au-delà des bienfaits de ces dernières, ces nouvelles méthodes, qui peuvent être aussi plus séduisantes pour le directeur que le soin pur, auront le mérite de susciter une démarche pluridisciplinaire. »

De la même manière, les soignants doivent être convaincus que leur savoir-faire n’est pas toujours suffisant et qu’ils doivent accéder à un savoir-être en constante évolution, qui ne peut être abordé qu’en interdisciplinarité en tenant compte des compétences de chacun. Il s’agit donc d’un énorme défi à partager, dont le médecin coordonnateur peut-être le promoteur et qui passe sans doute par une autre vision de la société sur la perte d’autonomie des personnes âgées.

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