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30 juillet 2018

L’inquiétude et l’espoir

paru dans Le Journal du Domicile

Aucune des décisions prises par ce gouvernement n’est pour l’instant de nature à réellement rassurer les acteurs de l’aide à domicile, dont les inquiétudes sont palpables.

Les 100 millions d’euros sur 2 ans annoncés par Agnès Buzyn apparaissent comme une énième aide ponctuelle alors que le secteur a besoin de revoir en profondeur son système structurel de financement. Les fédérations professionnelles du domicile ont donc accueilli cette feuille de route, au mieux, avec une certaine réserve. Quant au comité de pilotage DGCS – CNSA qui planche toujours sur l’allocation des ressources des SAAD, ses hypothèses provisoires, posées à moyens constants et sans caractère opposable, ne permettent pas à ce stade d’entrevoir de réelles améliorations, ni dans la hauteur des financements à venir, ni dans la nécessaire homogénéisation départementale.

Alors de quel espoir peut-on parler ? Tout simplement de celui entrouvert par le chef de l’Etat le 12 juin dernier au congrès de la Mutualité française, évoquant non seulement l’idée d’un 5ème risque, mais annonçant de surcroît qu’une loi sur la dépendance sera votée avant la fin de l’année 2019. Déjà abordé – et avorté- sous la présidence Sarkozy, le 5ème risque finit donc toujours par se réinviter dans le débat et c’est bienheureux car il est attendu de longue date.

Les fédérations professionnelles ne s’y sont d’ailleurs pas trompées et se font les avocats de ce 5ème risque, le balisant par la même occasion. A titre d’exemple, dans un communiqué commun, l’UNA et Adessadomicile affirment la priorité à donner en termes de financement à la solidarité nationale par rapport aux autres pistes (assurances, recours sur succession…). Deux fédérations qui estiment par ailleurs le besoin du secteur de l’aide à domicile à 1,7 milliard d’euros par an. Car ce qui se joue, c’est non seulement l’adoption d’un 5ème risque et son mode de financement, mais aussi la part de cette nouvelle branche qui financera l’aide et l’accompagnement à domicile sous toutes ses formes (aide humaine, aide technique, nutrition, mobilité, etc.)

Fedesap se montre également favorable à ce 5ème risque et plaide pour l’appeler « risque dépendance » et surtout pour l’élargir « à toutes les formes de dépendance quel que soit l’âge mais aussi au handicap » dans une « approche globale, moins morcelée ». Là encore, les organisations professionnelles sont assez largement d’accord pour sortir de la tarification horaire et pour entrer dans une démarche de forfait global avec des objectifs qualité en contrepartie. Des points de fond et des points techniques qui ne seront pas tous réglés par le 5ème risque, mais celui-ci sera indispensable pour desserrer l’étau dans lequel se trouve le secteur et pour aborder sereinement les modalités de financement.

Et donc au fond, c’est un double débat qui s’ouvre : quel 5ème risque ? Et quel financement de l’aide à domicile notamment grâce à ce 5ème risque ? Un double débat à mener en un an et demi, qui devront régler plus de 10 ans de tensions économiques du secteur, une véritable gageure, un travail colossal qui devra être mené dans la grande consultation voulue par le gouvernement, dont nos assises nationales de septembre seront, de fait, le coup d’envoi concernant le domicile. « Un chef est un marchand d’espoir » disait Napoléon. Seule une mobilisation forte et aussi cohérente que possible des acteurs du domicile peut faire en sorte que ce soit bien de l’espoir qui nous soit vendu, et non du rêve.

 

 


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