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2 novembre 2020

Les Ehpad au temps du Covid : saison 2

A peine sortis du traumatisme de l’épidémie du printemps qui a causé la mort de plus de 15.000 résidents, les Ehpad maîtrisent mieux une seconde vague qui pose d’autres types de problème.

À l’évidence, l’épidémie est repartie pour ce qu’il est désormais convenu d’appeler une deuxième vague. Les observateurs demeuraient perplexes début septembre. Depuis, le doute a malheureusement été levé.

Entre la semaine du 5 octobre et celle de 12 octobre, le nombre de nouveaux cas confirmés de Covid-19 dans les établissements sociaux et médico-sociaux (donc en réalité essentiellement en Ehpad) a bondi de +73% passant de 3.635 à 6.290 cas en une semaine. Cette hausse impacte cette fois toutes les régions quand l’épidémie s’était, au printemps, concentrée géographiquement dans l’Est, le Nord et l’Ile-de-France.

Santé Publique France a également indiqué que le nombre de décès poursuivait sa progression, après être resté stable de mi-juillet à début septembre. Dans la semaine du 21 septembre, 137 décès étaient intervenus dans les ESMS mais elle n’en notait à ce stade que 92 dans la semaine du 12 octobre.

Dans ce contexte de reprise vigoureuse de l’épidémie, deux problèmes se posent.

Le premier, c’est l’usure des personnels

Partout, le système se craquelle… Déjà, le rapport El Khomri tirait le signal d’alarme. Entre 2012 et 2017, le nombre de candidatures aux concours d’aides-soignantes a chuté de 25% quand 81% des Ehpad déclaraient avoir des vacances de postes. A cette pénurie structurelle s’ajoute les conséquences de la longue, trop longue crise sanitaire. Celles et ceux qui avaient résisté à la pression du printemps se mettent à démissionner. Soit par ras-le-bol d’une pression qui n’en finit plus de durer, soit pour aller dans le champ du handicap, plus tranquille et mieux rémunéré.

Pour surmonter le déficit de ressources humaines, difficile de compter seulement sur la plateforme Renfort-RH. Mi-octobre, la DGCS indiquait en effet que 1.095 ­Ehpad étaient inscrits sur la plateforme et que 538 recrutements étaient en cours et effectués. Compliqué aussi de compter sur les boîtes d’intérim qui profitent de cette pénurie pour faire flamber leurs tarifs quand elles ont encore des candidats à disposition.

D’autant que les Ehpad vivent chaque jour dans la plus grande incertitude quant à la fréquence et à la durée des absences. Certains salariés sont déclarés cas contact, doivent se tester ou s’isoler ce qui les obligent à quitter immédiatement leur poste pour une durée parfois indéterminée.

Le second, c’est le ras-le-bol des familles

Dans le même temps, les directeurs d’Ehpad ont de plus en plus de difficultés à gérer des familles parfois désemparées voire en colère.

Après le Conseil de Défense du 23 septembre, de nouvelles mesures restrictives ont été décidées par le gouvernement même si la note-circulaire émanant du Ministère insiste sur la nécessité de « maintenir le lien avec les proches ».

Pour autant, les Ehpad ont été invités à réactiver les visites sur rendez-vous, prioritairement dans un espace extérieur ou dans un espace dédié. Exception faite toutefois « pour les résidents dont la présence des proches ou d’un bénévole (notamment lorsque les personnes sont seules, sans liens familiaux) est indispensable pour les actes de la vie quotidienne ». A condition évidemment que lesdits proches respectent scrupuleusement les gestes barrière.

Autre invite faite aux directeurs : l’organisation des visites dans la plage horaire la plus large possible, week-end compris afin de faciliter la venue des familles qui travaillent.

Mais ce subtil équilibre entre sécurité et liberté bute de plus en plus chaque jour sur un véritable effet-ciseaux. Au moment où les personnels sont de moins en moins nombreux, les visites des familles n’ont jamais été aussi fréquentes. Résultat probable du sevrage de visites durant le printemps voire même d’une forme de culpabilité des familles, les visites s’avèrent bien plus nombreuses aujourd’hui qu’elles ne l’étaient même parfois avant la crise de mars.

Or, les consignes, y compris quand elles apparaissent plus souples que lors de la première vague, ont de plus en plus de mal à être supportées par certains familles. Les protestations dès lors se multiplient y compris sur les réseaux sociaux où quelques voix s’expriment avec colère. « Je connais un Ehpad qui a bravé avec courage les consignes pour éviter d’altérer irrémédiablement la santé mentale des résidents » écrit ainsi Alexandra D. sur Twitter. « Le protocole du 1er octobre du Ministère était totalement en phase avec nos recommandations. Le problème ? La main encore et toujours laissée aux seuls directeurs, la voix des familles étant encore étouffées » explique toujours sur Twitter une fille de résidente d’un Ehpad parisien, qui a été reçue tant à Matignon que chez Brigitte Bourguignon pour discuter du contenu des règles et surtout du caractère plus ou moins rigide avec laquelle les directeurs interprètent les « dérogations » permises par le protocole.

Car, soyons clairs : personne ne sachant encore combien de temps va durer cette épidémie, il n’est plus envisageable de contingenter les visites des proches pendant encore des mois et des mois. Plus que jamais, les directeurs d’Ehpad se trouvent au cœur d’injonctions contradictoires entre volonté de sécuriser les résidents et volonté de ne pas brimer les proches aidants.

Mais, au moment où on évoque de plus en plus la fameuse « logique domiciliaire », la logique consistant à limiter l’accès des proches aidants à leurs parents ne va plus pouvoir durer éternellement.

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