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4 avril 2020

Les 9 recommandations des gériatres

Le 26 mars dernier, le Conseil National Professionnel de Gériatrie, guidé par son président, Pr Claude Jeandel, a adressé au ministre des Solidarités et de la Santé un courrier, proposant 9 mesures pour atténuer l’impact de l’infection à Covid 19 sur les personnes âgées dépendantes en EHPAD ou à domicile.

Dans ce courrier, les gériatres soulignent leur inquiétude quant aux risques persistants de décès évitables dans l’hypothèse où l’accès aux établissements sanitaires ne serait pas amélioré pour les personnes âgées suspects d’infection Covid 19 et dont le pronostic vital est en jeu, dès lors que ces derniers disposent des réserves physiologiques nécessaires susceptibles de surmonter une telle épreuve.

Le courrier met en exergue 3 situations qui relèvent de réponses différenciées :

Situation n°1 : un résident est suspect d’infection Covid 19 et son pronostic vital n’est pas a priori en jeu. Le maintien du résident au sein de l’EHPAD est possible.

Situation n°2 : suspicion d’infection Covid 19 chez un résident en soins palliatifs ou en fin de vie ou encore dont le pronostic vital est jugé de toute façon péjoratif après évaluation médicale. Cette situation relève d’une prise en soin du résident au sein de l’EHPAD.

Ces deux premières situations impliquent le confinement en chambre individuelle, un encadrement médico-soignant adapté et la possibilité de recourir aux moyens thérapeutiques nécessaires afin de pouvoir délivrer les soins et de garantir le confort nécessaires.

Situation n°3 : un résident est suspect d’infection Covid 19 qui met en jeu son pronostic vital et pour lequel l’hospitalisation avec une prise en charge raisonnable représente un bénéfice réel. Les Ehpad ne sont pas en capacité logistique et matérielle d’assurer une prise en soins appropriée et conforme aux grands principes de l’Ethique de ces résidents.

Sur la base de cette distinction, le CNPG partage 9 recommandations qui permettront d’atténuer l’impact de l’infection à Covid19 sur les personnes âgées dépendantes résidant en EHPAD ou vivant à domicile :

Garantir l’accès à l’hospitalisation des résidents d’EHPAD et des personnes âgées vivant au domicile Covid 19, suspectés ou confirmés, dont le pronostic vital est engagé (situation n°3).

Permettre le recours à l’expertise gériatrique et en soins palliatifs par le renforcement des moyens dédiés aux équipes mobiles de gériatrie (EMG), plateformes gériatriques de télémédecine et équipes mobiles de soins palliatifs (EMSP).

Faciliter la réalisation de tests PCR au sein des EHPAD et auprès de personnes âgées à domicile et garantir les conditions de leur réalisation (masque FFP2 pour les préleveurs). Ces derniers sont essentiels : a) afin de porter un diagnostic précis dans une population plus exposée aux autres causes d’infections intercurrentes, b) d’améliorer la pertinence des décisions prises vis-à-vis des mesures de confinement et de prise en soin,  c) de prendre les précautions nécessaires  à l’égard des résidents hospitalisés afin de garantir leur retour en EHPAD dans les meilleures conditions, enfin d) de disposer d’une certitude quant à la cause du décès et permettre aux résidents en fin de vie et à leurs proches de décider en toute conscience des conditions et modalités des opérations funéraires.

Renforcer l’encadrement médical et soignant des EHPAD et garantir le financement d’une permanence infirmière de nuit. Cette mesure implique de lever tous les obstacles institutionnels au recrutement en urgence des professionnels de santé libéraux (médecins, IDE ,…).

Assurer une permanence de gériatre 24/24 par territoire, joignable par les EHPAD par téléphone et/ou visioconférence ;

Mettre à disposition les molécules réservées encore ce jour à l’usage hospitalier (Midazolam, Perfalgan) ou en rupture d’approvisionnement chez un grand nombre de répartiteurs (Scoburen, Rivotril, Primperan), indispensables pour prendre en charge dignement la détresse respiratoire asphyxique de résidents ne relevant pas d’une hospitalisation qui décèderont en EHPAD.

Elargir les autorisations de prescriptions du médecin coordonnateur afin de lui permettre  (a) la prescription de Clonazépam actuellement réservée à certaines spécialités (neurologue et pédiatre) ; la prescription du Midazolam et (c) la délivrance de Paracétamol par voie injectable.

Permettre la mise en œuvre par l’IDE en EHPAD de la prescription réalisée, à distance, par le médecin.

Engager rapidement un essai clinique en EHPAD, du fait des spécificités cliniques et polypathologiques de la population hébergée, permettant d’évaluer les différentes molécules candidates (antiviraux, hydroxychloroquine, azithromycine,…).

par le Pr Claude JEANDEL
Président du Conseil National
Professionnel de Gériatrie

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