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2 octobre 2020

Le confinement, une arme à double tranchant…

Lancée durant le mois de mars, une étude vient confirmer que si le confinement des résidents en Ehpad peut avoir une utilité pour limiter la propagation du virus, sa mauvaise mise en œuvre peut-être à l’origine de nombreux décès…

Souvent mis en cause pour ses conséquences négatives, le confinement des résidents ne serait pas aussi dévastateur qu’on le croit, encore faut-il que celui-ci se fasse dans de bonnes conditions, ce qui, pour toute une série de facteurs, n’a pas été le cas dans certains établissements. Voilà ce que montre une récente étude intitulée « The confinement disease is probably more deleterious than the coronavirus disease-2019 itself » et publiée dans « Journal of the American Medical Directors Association ». Menée par le docteur Sylvain Damiantis, infectiologue et chef de service de l’unité fonctionnelle (maladie infectieuse) du groupe hospitalier Sud Ile-de-France, ces travaux étudient avec précision les causes associées aux décès en Ehpad à la fin du mois de mars. Une période durant laquelle l’épidémie faisait rage et le confinement était complètement généralisé.

Choc hypovolémique

« D’après les chiffres officiels, les résidents au-delà de 75 ans et ayant des commorbidités, sont des cibles de choix pour le Covid-19. Pour autant, une fois que le virus est entré dans l’Ehpad, certains établissements connaissent un nombre considérable de morts, tandis que dans d’autres le virus a très peu tué », explique le docteur Damiantis. Celui-ci se rend alors sur place pour analyser les causes réelles de la mort des résidents dans un Ehpad de Seine-et-Marne qui a connu en l’espace de 5 jours 24 décès sur une population globale de 140 résidents. « Parmi tous les résidents malades du Covid et décédés depuis, nous n’avons observé aucune détresse respiratoire, contrairement à ce que l’on a pu constater chez des patients plus jeunes. La mort était essentiellement dû à un choc hypovolémique (déshydratation profonde). Durant tout le confinement, les résidents étaient restés isolés en chambre avec une présence soignante tout à fait insuffisante, puisque l’établissement ne comptait pas de médecin coordonnateur, que 40 % des aides-soignants étaient en arrêt maladie et que les médecins généralistes, très rares en Seine-et-Marne, étaient absents physiquement pour cause de maladie, ou seulement présent par le biais de la télémédecine ».

Certes, les résidents étaient bien malades du Covid avec des symptômes relativement classiques chez la personne âgée comme la diahrée, la toux, l’anosmie et un peu de fièvre, mais selon l’étude, ils sont avant tout décédés à cause de déshydratation et de sous-alimentation, le personnel présent n’étant pas en nombre suffisant pour offrir un accompagnement individualisé en chambre. Une équipe soignante en plus grand nombre aurait donc sans doute permis à ces résidents de surmonter la maladie. « À cause de ces ressources manquantes, le confinement a été plus meurtrier que le virus lui-même. » Preuve en est, selon le docteur Damiantis : le fait d’apporter les soins nécessaires aux malades ont permis en quelques jours d’infléchir la courbe de mortalité dans l’établissement.

Médicalisation : il y a urgence

Quelles conclusions tirer de cette étude ? La première évidemment, qui pourrait être bien utile dans les mois à venir, est de ne pas considérer le confinement des résidents comme une fin en soi, mais bien de s’assurer que celui-ci peut être réalisé dans de bonnes conditions, au risque de voir le nombre de décès inexorablement s’envoler. D’autant, souligne le docteur Damiantis, que les personnes âgées présentes en Ehpad qui sont généralement âgées de plus de 85 ans ne connaissent pas de phase inflammatoire comme des patients plus jeunes et si une surveillance médicale est assurée, il n’est pas utile de mobiliser les services de réanimation. « Aujourd’hui, les personnes les plus vulnérables devant le virus ont entre 60 et 75 ans. Si l’on doit confiner une catégorie de population, ce sont-elles qui doivent d’abord êtes visées, pas les personnes très âgées car pour elles ce confinement peut avoir des effets délétères ». Une autre option également envisagée pour limiter la propagation du virus dans les établissements est de permettre une prise en charge adéquate en renforçant les moyens médicaux et paramédicaux en Ehpad. Un objectif de plus en plus nécessaire à l’heure où le virus circule à nouveau activement dans notre pays…

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