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4 avril 2020

La parole au… Pr Gillles Berrut, chef du pôle de gérontologie du CHU de Nantes

Chef du pôle de gérontologie du CHU de Nantes et ancien président de la Société Française de Gériatrie et Gérontologie, le Pr Gilles Berrut nous éclaire sur le virus Codiv 2019 et nous expose sa vision des enjeux de cette pandémie pour la population âgée.

Le MMR : Avec le COVID-19, qu’est-ce qui est nouveau par rapport à la grippe, notamment pour les personnes âgées ?

Gilles Berrut : Quand on a la grippe, on est malade. Quand on a le coronavirus, dans la très grande majorité des cas, on ne l’est pas et on est donc porteur sain. Le danger de ce virus, c’est qu’on ne peut pas savoir si on est porteur ou non. C’est ça qui est nouveau.

Pour les personnes âgées en particulier, une différence réside évidement dans le taux de mortalité, bien plus élevé dans le cas du coronavirus, qui entraine un risque plus élevé de décompensation, de problèmes respiratoires et donc de mortalité.

Autre chose à savoir et qui n’est pas forcément dit partout : il faut se méfier des problèmes abdominaux, des diarrhées. On se rend compte que chez les personnes âgées, les symptômes du coronavirus sont volontiers digestifs. On n’en meurt pas mais ce qui peut être gênant c’est que la personne ne sera pas prise en charge au bon endroit si on ne diagnostique pas le coronavirus. Les urgentistes et les médecins attendent des formes respiratoires du virus et peuvent donc passer à côté des formes digestives.

Le MMR : Quel regard portez-vous sur la situation actuelle, vers quoi se dirige-t-on ?

G.B. : Il est difficile de porter un regard sur la situation actuelle, ce n’est pas simple de savoir ce qu’il faut faire. C’est très compliqué même. Il y a plusieurs manières de traiter la question et chacune a des avantages et des inconvénients.

Dans tous les cas, on se dirige vers quelque chose d’un peu long, plusieurs mois sans doute. Il faut prévenir les gens et il faut avoir une réflexion à plus long terme. Tout le monde est en train de s’épuiser alors que l’on n’a pas encore atteint le pic. Il faut ouvrir les yeux là-dessus et essayer d’entrer dans une dynamique de rotation des équipes, pour tenir plus longtemps, y compris dans les établissements médico-sociaux.

Le MMR : Pour les personnes âgées à domicile, quelles sont les priorités et les enjeux ?

G.B. : On impose quelque chose de très contre-intuitif pour cette population : le lien social ne peut pas se faire par les petits enfants ! Mais on voit beaucoup de solidarité, beaucoup de belles choses qui se construisent dans ce contexte au sein de la société en général et auprès des personnes âgées en particulier.

Mais il y aussi les personnes qui ont fait le vide autour d’elles et qui n’ont pas envie de voir d’autres gens. Ce sont les mêmes qui, au moment de la canicule, étaient isolées. Pour celles-là, il existe les listes « ­canicule » constituées au sein des mairies. Je pense que l’on n’en parle pas assez. Sur les 35 000 communes de France, 30 000 ont élu leur maire le 15 mars. Il faudrait que ces maires s’activent là-dessus. Pour le moment, ce n’est pas le cas.

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