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© Patrick Dagonnot

4 avril 2020

La parole à… Marc Bourquin, conseiller Stratégie à la FHF

Aujourd’hui Conseiller Stratégie à la FHF, Marc Bourquin a précédemment exercé ses talents à la CNSA, en cabinet ministériel et à l’ARS Ile-de-France. Il nous livre ici sa vision transversale des semaines qui viennent de s’écouler et de celles qui sont devant nous.

Le MMR : Face à la crise sanitaire actuelle, quel regard portez-vous sur les semaines qui viennent de s’écouler ?

Marc Bourquin : Il y a quelques semaines, il a fallu se battre pour mettre en place le confinement dans les Ehpad. Ce fut difficile mais on y est parvenu. Maintenant la priorité des priorités, c’est la protection des professionnels, pour se protéger (car ils sont courageux mais pas suicidaires) et protéger les résidents.

Car aujourd’hui on le sait : si tous les Ehpad de France n’ont pas de masques rapidement, on se prépare à une généralisation épouvantable du covid et de la mortalité qui va suivre. C’est dommage qu’on n’ait pas été plus proactifs là-dessus mais maintenant il faut anticiper. Dans certaines régions, comme la Nouvelle Aquitaine, on peut encore le faire.

Nos Ehpad sont une chance. Regardez ­l’Italie : les anciens vivent en famille et la mortalité des plus âgés y est considérable. En France, si on parvient à faire en sorte que la majorité des Ehpad ne soient pas frappés, on réduira fortement la mortalité. Il est trop tard dans de nombreux établissements mais dans la grande majorité, c’est encore possible d’empêcher le virus de rentrer avec des masques notamment.

Le MMR : Demain, on constatera inévitablement un nombre croissant de cas en Ehpad également. Comment prendre en charge ces personnes fragiles dans un contexte de pénurie de places disponibles en réanimation ?

M.B. : On ne peut pas dire à un résident « vous êtes en Ehpad, donc vous ne serez pas hospitalisé ». Selon le tableau clinique, quand il y a une chance raisonnable de maintenir la personne en vie et que c’est nécessaire, il faut que la personne puisse être hospitalisée en réanimation… même si à la fin, c’est toujours le médecin du SAMU qui prendra la décision.

A l’inverse, il faut insister sur le fait qu’un ­Ehpad ne peut refuser un de ses résidents à sa sortie d’hospitalisation. Un cas sans ­détresse respiratoire doit pouvoir rentrer dans son établissement, à condition que ce dernier soit équipé et préparé pour l’accueillir.

Il faut donc protocoliser ces démarches pour les Ehpad. Il faut aussi faciliter l’accès à certaines ressources. À la FHF, nous militons notamment pour que l’instruction sur l’appui aux Ehpad des équipes mobiles gériatriques sorte et soit incitative. Dans la mesure où on va demander aux Ehpad de garder des cas lourds, y compris des cas de soins palliatifs, il faut assurer un minimum d’expertise. Il leur faut une hotline et il ne faut pas exclure que les EMG se déplacent dans l’Ehpad.

Mais il faut aussi activer de manière plus systématique les possibilités d’HAD. Tous les obstacles sautent avec la Loi d’urgence sanitaire donc il faut l’utiliser à chaque fois que c’est possible. Enfin, il faut, là où c’est possible, faire appel aux libéraux : infirmiers, médecins, même kinésithérapeutes, pour qu’ils viennent en appui aux équipes d’Ehpad qui ne sont pas taillées pour faire face à une crise sanitaire de cette ampleur.

Le MMR : Pour anticiper demain et gagner la guerre, quelle est la priorité ?

M.B. : Pour lutter efficacement, il faut penser aux personnes âgées en Ehpad mais aussi à domicile. Cette idée selon laquelle il y a un front et des services base arrière est fausse. Il y a 3 fronts d’égale importance : les gros hôpitaux avec services de réanimation, les Ehpad et le domicile. Les 3 doivent marcher ensemble et être connectés pour gagner la guerre. Et pour gagner, il faut aussi tester les gens. C’est indispensable pour sortir du confinement plus rapidement et en toute sécurité.

Mais tout ceci, c’est de la stratégie. Derrière, il faut que la logistique suive. Apparemment, des masques vont arriver en masse par avion et des robots vont être installés pour le dépistage. On y croira quand on les verra dans les établissements.

Propos reccueillis par Anna Kuhn Lafont

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