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© Patrick Dagonnot

6 mai 2020

La parole à…
Antoine Perrin, directeur général de la Fehap

Après Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du Synerpa dans un numéro précédent et Frédéric Valletoux, président de la FHF dans la présente édition, nous terminons notre cycle d’entretiens avec les dirigeants des trois grandes fédérations par Antoine Perrin, directeur général de la Fehap.

Le MMR : Quelle est votre lecture de cette crise qui dure depuis maintenant deux mois ?

Antoine Perrin : Au début de la crise, l’État s’est concentré sur les soins aigus, sur les services d’urgence et les services de réanimation ; beaucoup moins sur les solutions d’aval constituées des Ehpad et des Saad.

Par ailleurs, je n’ai pas compris les recommandations du Conseil Scientifique sur le port des masques pour les seules personnes atteintes du virus alors que beaucoup de personnes se sont révélées porteurs asymptomatiques. C’est une des raisons pour lesquelles les Ehpad au début n’ont pas pu se protéger ou protéger les résidents comme il aurait fallu, beaucoup ne pouvant compter que sur leurs propres réserves de masques. Il faut se rappeler qu’au début de la crise, les ARS ne servaient que 5 masques par place et par semaine, voire même 2,5 dans certaines régions.

A cela se sont rajoutées évidemment de grosses difficultés en termes de ressources humaines. Certes, elles préexistaient avec des taux d’encadrement déjà trop faibles. Mais du coup, nous avons dû opérer des remplacements avec des personnels non qualifiés ; nous avons dû engager des dépenses supplémentaires en raison du confinement en chambre qui a créé du travail supplémentaire ; si les Ehpad ont désormais moins de problème de masques, la pénurie demeure pour les surblouses ; et, enfin, nous constatons à l’évidence une baisse de recettes puisqu’il n’y plus aucune nouvelle admission.

Le MMR : Comment a réagi le secteur des Ehpad ?

A.P. : Ce secteur va évidemment très mal mais s’est montré très courageux. J’ai vu durant cette crise des directeurs remarquables. Mais des directeurs qui sont inquiets parfois que leur responsabilité pénale soit mise en jeu suite aux plaintes de certaines familles dont on peut comprendre la colère et la peine.

Mais soyons clairs : dans le champ des Ehpad, on est dans un marathon pas dans une course de sprint. Une phase s’ouvre qui va durer bien au-delà de l’été. Qui va durer au fond tant que nous n’aurons pas trouvé de vaccin.

Le MMR : Comment avez-vous jugé l’action des pouvoirs publics ?

A.P. : A l’évidence, l’échelon national a été ébranlé. Il a eu du mal à démarrer avant de trouver son rythme de croisière. Mais je dois dire aussitôt que le Ministère, la DGCS, ont été très à l’écoute même si nous avons eu des difficultés à avoir des réponses précises à nos questions. Encore aujourd’hui, sur le déficit budgétaire, sur la prime aux salariés ou sur le manque de surblouses, des questions demeurent sans réponse. Les différentes directions du Ministère travaillent beaucoup mais sont à l’évidence submergées.

Concernant les ARS, le bilan est plus hétérogène. A situation identique, les réponses ne sont pas forcément les mêmes. Sur le fond comme sur la forme. Mais au final je veux dire le dévouement, le sens de l’écoute et la volonté de bien faire des autorités.

En revanche, les relations avec les Conseils Départementaux sont globalement plus difficiles.

Sur les sujets financiers qui intéressent directement les départements, notamment quand les Ehpad sont habilités à l’aide sociale, quelques départements sont à l’écoute mais beaucoup ne répondent pas.

Le MMR : Comment s’est organisée la Fehap durant tout ce temps ?

A.P. : Dès le début, toutes les équipes se sont mis en télétravail. Nous avons un CODIR tous les matins à 8h30. Chaque direction interne de la Fehap tient ses réunions. Et toutes les commissions notamment « personnes âgées » et « aide à domicile » se réunissent régulièrement. Nos 90 salariés sont mobilisés dont les 30 qui travaillent en région.

Nous avons mis en place une Hotline spécial Covid où les adhérents peuvent poser toutes leurs questions par mail ; un n° Vert pour les salariés, un n° Vert spécifique pour les directeurs et un blog spécifique sur les questions éthiques où un sociologue et un philosophe répondent aux nombreuses interrogations des directeurs. Et tous nos adhérents reçoivent deux à trois fois par semaine un « Fil info » qui est évidemment très lu en ce moment.

Je veux dire un mot également de la dotation que nous as consenti la famille Bettencourt-Schuller : avec deux versements de 500.000 euros, nous avons pu financer de nombreux projets permettant de renforcer le lien social des personnes fragiles : appels à domicile, projets d’animation, tablettes numériques…

Le MMR : Lors de cette crise, le rôle même de l’Ehpad a été remis en cause par certains. Comment avez-vous vécu ces critiques ?

A.P. : Je constate pour ma part que cette crise a révélé le rôle essentiel que jouent les Ehpad. Pour autant, il ne sera plus possible de continuer demain avec les taux d’encadrement d’hier. La crise des Ehpad est, on le sait, bien antérieure à celle du Covid mais celle-ci n’aura fait que révéler la nécessité de réinventer un modèle d’Ehpad plus ouvert vers l’extérieur.

Le MMR : Comment aborder les prochaines semaines ?

A.P. : A court terme il faut rouvrir les admissions et être en capacité de recevoir de nouveaux résidents. Il va nous falloir ensuite affronter un sujet majeur de ressources humaines : on manquait déjà de personnels, on va en manquer plus encore cet été. Je souhaite que nous puissions permettre dans les prochains mois à des personnes en recherche d’emploi de venir renforcer nos équipes grâce à des formations courtes et accélérées permettant d’acquérir un minimum de capacités pour accompagner les personnes âgées.

Nous aurons aussi à court terme besoin d’un renfort en numérique tant cette crise a montré à quel point ces outils de communication ont pu renforcer dans de nombreux cas les liens entre familles et résidents.

Le MMR : Et la Loi Grand Âge dans tout ça ?

A.P. : Evidemment, la Loi Grand Âge devra, plus encore qu’avant, être une loi ambitieuse. Là encore, la crise aura montré que, dans la fin de vie, fluidifier le parcours de la personne entre le domicile et l’établissement nécessite une transformation du modèle de l’Ehpad. Il nous faudra aussi moins de réglementation, une plus grande capacité locale à adapter les organisations et un mode de financement beaucoup moins cloisonné qu’aujourd’hui.

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