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2 octobre 2020

Grippe et Covid : la double menace

Si le virus du Covid circule toujours, celui de la grippe va comme chaque année faire son apparition à partir du mois d’octobre, un sujet d’inquiétude supplémentaire pour les médecins coordonnateurs, en raison notamment de la réticence de soignants à se faire vacciner…

Alors que le Covid-19 prend toute la lumière depuis plus de six mois, un autre virus avance à bas bruit, beaucoup plus habituel et sans doute plus sournois : la grippe. Chaque année, celui-ci fait entre 6 000 et 14 000 morts, en particulier chez les personnes âgées, des chiffres dont se soucient peu la grande majorité des Français, mais qui tous les ans, est sujet de controverse chez les professionnels des Ehpad. Et pour cette rentrée 2020, la perspective de l’accumulation des deux virus fait faire des cheveux blancs à de nombreux médecins coordonnateurs. Une crainte plus que légitime. « L’addition de la grippe et du Covid constitue évidemment une double menace qui va sérieusement compliquer la tâche des professionnels. Il est en effet très difficile de déterminer cliniquement ce qui relève de l’une ou l’autre de ces pathologies. Résultat : dès que les premiers syndromes grippaux apparaîtront, les personnes seront inévitablement isolées et testées, ce qui va représenter pour les établissements une charge de travail supplémentaire », explique François Trémolières, le célèbre infectiologue.

“Dès que les premiers syndromes grippaux apparaîtront, les personnes seront inévitablement isolées et testées, ce qui va représenter pour les établissements une charge de travail supplémentaire.”

François Trémolières
Infectiologue

Télescopage

Une analyse que partage Renaud Marin La Meslée, président du SNGIE qui craint un véritable embouteillage aux portes des laboratoires en raison de la multiplication et la diversification des tests : « On peut craindre un télescopage entre la pandémie actuelle et une prochaine épidémie de grippe saisonnière. Faudra-t-il alors imposer à chaque résident fébrile un prélèvement de gorge pour TROD-grippe, plus un prélèvement nasopharyngé pour PCR SARS-CoV2 ? Et dans ces conditions, les laboratoires auront-ils la capacité d’assumer la réalisation de ces tests dans des délais raisonnables ? Pour l’instant nous n’avons pas la réponse. » Selon François Trémolières, il faut également avoir en tête que si les gestes barrières et le port du masque pourront contribuer à freiner la propagation de la maladie et éviter une vague meurtrière comme celle de 2015, cela ne suffira sans doute pas, car la grippe se transmet bien plus facilement que le Covid. Bref, une belle panique en perspective dans les Ehpad et ailleurs.

Vaccin : la méfiance reste de mise

Et pourtant une solution existe depuis des années, simple comme bonjour : la vaccination. « Il suffirait que les personnels soignants et les familles acceptent de se vacciner pour largement atténuer le danger », explique Anne-David Bréard, présidente du Syndicat national de gérontologie clinique. Mais là encore, rien n’est simple. En effet, si depuis plusieurs années maintenant, les résidents acceptent dans leur très grande majorité de se faire vacciner (80 %), la réticence est encore de mise du côté des soignants, puisque à peine 30 % d’entre eux se prêtent à l’exercice chaque année. Alors les grands groupes et les fédérations se mettent en ordre de bataille pour tenter de sensibiliser ces derniers, de même que le gouvernement qui devrait lancer en octobre une campagne de vaccination inédite de par son ampleur pour toucher un maximum de personnes fragiles et éviter qu’elles se retrouvent aux urgences ou décèdent. « J’espère sincèrement que les campagnes de cette année produiront leur effet et que l’attente d’un vaccin contre le Covid va conduire les soignants à se vacciner contre la grippe », affirme Anne-David Bréard. Une espérance en forme de vœu pieu car en la matière, on navigue en pleine incertitude, les mythes sur les dangers ou l’inefficacité des vaccins restant solidement ancrés dans la société française. Selon un sondage Ipsos publié le 1er septembre et commandé par le Forum économique mondial, plus de 40 % des Français seraient opposés à des degrés divers à se prêter au vaccin du Covid. Aucun sondage récent n’a vu le jour concernant la grippe, mais on peut imaginer des résultats à peu près similaires. Dès lors, une seule solution semble se dessiner : la vaccination obligatoire, au moins pour les personnels soignants, un véritable serpent de mer depuis de nombreuses années. Agnès Buzyn, alors ministre de la Santé, avait beaucoup avancé dans cette optique et un décret sur le sujet doit être publié depuis plusieurs mois, mais il se fait toujours attendre… « On peut s’étonner que la vaccination antigrippale ne fasse toujours pas partie des vaccinations obligatoires pour les soignants. Je pense que le gouvernement hésite et craint la réaction du secteur face à cette obligation. Ce n’est pas le moment, sans doute, de se mettre les soignants à dos », affirme Yvette Giaccardi, membre de Sud coordonnateurs. Aujourd’hui encore, le gouvernement semble donc miser sur la sensibilisation pour que le vaccin contre la grippe devienne la norme chez les soignants. Une politique qui, jusqu’à aujourd’hui, s’est avérée totalement inefficace.

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