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13 juin 2013

Gisors : stupeur et confusions

La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre lundi matin : plusieurs résidents du centre hospitalier de Gisors (Eure) ont été maltraités par deux aides soignantes. Aussitôt, la machine médiatique s’emballe. Puis le feu de paille s’éteint, sans que personne ne s’émeuve des multiples défaillances du fonctionnement de l’hôpital incriminé…

Le scandale aurait pu ne jamais éclater, si l’ex-compagnon d’une aide soignante n’avait pas cherché à se venger. Le 19 mars 2013, il informe par mail la direction de l’hôpital de Gisors de l’existence de quatre photographies, a priori choquantes, représentant trois patients de l’unité de soins de longue durée (USLD) de l’établissement. La femme et une de ses collègues sont mises à pied sur-le-champ, une plainte est déposée à la gendarmerie et l’agence régionale de santé (ARS) est alertée.

Le 4 avril, l’information parvient au Défenseur des droits, qui diligente sa propre enquête sur place. L’investigation confirme la responsabilité des deux aides soignantes, et précise que les clichés ont été pris avec un téléphone portable entre décembre 2008 et septembre 2009. Interrogé, le dénonciateur admet que son ex-compagne lui a « souvent montré ces photos ». Sans doute n’y avait-il rien vu de scabreux avant leur séparation…

Le 3 juin, le Défenseur des droits rend sa décision et la transmet à l’établissement, à l’ARS et aux ministres concernées, Marisol Touraine et Michèle Delaunay. Une semaine plus tard, le 10 juin, Le Parisien tire le premier en titrant « Maltraitance : scandale à l’hôpital de Gisors », situant les faits dans « l’USLD d’un Ehpad », chose impossible. La coquille est reprise par l’AFP et, dans la foulée, par tous les médias qui recopient ses dépêches. Tandis que Michèle Delaunay saute d’une chaîne d’info en continu à l’autre pour condamner ce « cas isolé », son ministère et celui de Marisol Touraine diffusent un communiqué intitulé « Cas de maltraitance à l’Ehpad de Gisors ». Dommage, car le secteur médico-social écope ainsi à la place du sanitaire !

Le véritable scandale, sous-jacent, est dès lors relégué à l’arrière-plan : comment se fait-il qu’une aide soignante, décrite par le Défenseur des droits comme notoirement « ingérable », dont le comportement « non professionnel » est pointé chaque année dans les fiches de notation et qui a fait l’objet d’un rapport en 2010 en raison de « dysfonctionnements », n’ait pas été au moins placée sous une quelconque surveillance ?

En attendant les conclusions de l’inspection de l’ARS Haute-Normandie, on trouve déjà quelques éléments édifiants dans l’enquête du Défenseur des droits : une cadre de santé rarement présente et indifférente aux alertes d’un autre agent, une « absence quasi-totale de coordination médicale effective », un turnover fréquent des directeurs des soins (3 depuis 2008) et des ressources humaines (4 en cinq ans)… Bref, une organisation défaillante, un service laissé à l’abandon, à l’instar de l’Ehpad hospitalier de Saint-Jean-les-Deux-Jumeaux (Seine-et-Marne), épinglé en 2008 par Les Infiltrés de France2.

Ce qui peut expliquer, mais n’excuse évidemment en rien les actes perpétrés, qui pourraient être poursuivis au pénal, au moins pour atteinte à l’intimité de la vie privée, selon la procureure de Nantes, Brigitte Lamy, interrogée hier en marge d’un colloque sur la maltraitance organisé au ministère de la Santé et des Affaires sociales, à Paris. Un délit passible d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende.

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