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3 mars 2020

Entretien :
Le Dr Sophie Guyonnet nous parle du projet INSPIRE

Lancé en décembre 2018 et porté par le CHU de Toulouse ainsi que l’Inserm, le projet INSPIRE vise à promouvoir le vieillissement en bonne santé et à mieux connaître le processus de l’avancée en âge pour prévenir la perte d’autonomie. Coordinatrice des programmes de recherche du Gérontopôle de Toulouse et impliquée dans ce projet, le docteur Sophie Guyonnet revient sur les enjeux de cette démarche.

Le Journal du Médecin Coordonnateur : Le 14 janvier a eu lieu à Toulouse la première journée scientifique du projet INSPIRE. Quels étaient les enjeux de cette rencontre ?

Sophie Guyonnet : Nous avions déjà réalisé une rencontre de présentation du projet en septembre dernier, mais elle se limitait à une communauté scientifique très réduite. L’idée, au travers de cette journée du 14 janvier, était de sensibiliser une communauté plus large, pour que des acteurs très divers puissent être informés, participer à notre recherche, mais également s’engager dans des travaux sur le vieillissement en lien avec notre étude. Les travaux que nous menons doivent nous conduire à réfléchir à d’autres manière d’aborder le vieillissement pour s’inscrire dans une logique de prévention. Pour que ce changement de logique produise de vrais résultats, il faut la mobilisation de tous.

Le JMC : A quelle étape nous situons-nous dans la réalisation de cette étude ?

S.G. : Plusieurs cohortes de populations sont visées dans cette étude avec des avancées très différentes. Tout d’abord, la cohorte de recherche « Translationnelle » (cohorte INSPIRE-T) se compose de 1 000 sujets volontaires, de 30 à 100 ans. Prochainement nous commencerons à recruter à partir de 20 ans. Des volontaires sont également recrutés dans les résidences autonomie et les Ehpad de la région toulousaine, grâce à l’intervention d’une équipe mobile de recherche et avec l’appui des médecins coordonnateurs de ces structures. Les 1 000 personnes recrutées seront suivies sur une longue période pouvant aller jusqu’à 10 ans. Nous avons débuté le recrutement dans cette cohorte en octobre. Aujourd’hui, 147 sujets ont déjà été recrutés et près de 350 sont programmés sur les 3 mois à venir. Les deux principaux objectifs de cette cohorte sont d’identifier des marqueurs biologiques du vieillissement (âge biologique) et de suivre régulièrement l’évolution des fonctions comme la mémoire, la mobilité, l’audition, la vision, la nutrition et l’humeur, en suivant les recommandations du programme ICOPE de l’OMS. Ce suivi régulier permet d’intervenir dès qu’un déclin d’une des fonctions est observé et de proposer un plan de prévention personnalisé pour le maintien des fonctions. Une deuxième cohorte est également en train de se mettre en place. Il s’agit de la cohorte de soins « Care » (Cohorte INSPIRE-C). L’objectif de celle-ci, portée par l’équipe régionale « vieillissement et prévention de la dépendance » du Gérontopôle de Toulouse, avec le soutien de l’ARS Occitanie, est d’implémenter dans la région Occitanie le programme ICOPE de l’OMS et d’évaluer environ 200 000 seniors d’ici 2024. C’est un programme de santé publique de soins intégrés pour les personnes âgées (à partir de 60 ans) qui nécessite le soutien et la participation des professionnels du secteur sanitaire, médicosocial et social, ainsi que des décideurs pour sa mise en œuvre. Enfin, nous travaillons également à l’implémentation d’une cohorte digitale (cohorte INSPIRE-D) qui sera mise en place pour les personnes autonomes souhaitant s’auto-évaluer en réalisant initialement, puis tous les ans, une évaluation approfondie qui leur sera proposée sur le site internet de la plateforme INSPIRE grâce à des questionnaires en ligne. En parallèle, tous les quatre mois, le patient devra s’auto-évaluer selon les recommandations de l’OMS grâce à une application mobile (application ICOPE MONITOR).

Le JMC : Selon vous, il convient de s’appuyer sur l’âge biologique plus que l’âge chronologique pour évaluer le processus de vieillissement. Quel est l’intérêt de cette démarche ?

S.G. : On a toujours utilisé l’âge civil (ou âge chronologique) pour définir l’âge que nous avons. Avec le vieillissement de la population, cet âge chronologique paraît de moins en moins adapté et ne reflète pas le véritable processus du vieillissement. En effet, à un âge chronologique équivalent, deux individus peuvent présenter un vieillissement biologique tout à fait différent. Pourtant, ce processus de vieillissement va être à l’origine des pathologies chroniques liées à l’avancée en âge, comme la maladie d’Alzheimer, l’athérosclérose, l’arthrose, le cancer ou la dégénérescence maculaire pour n’en citer que quelques-unes. Définir l’âge biologique devrait permettre d’identifier les personnes qui ont un vieillissement accéléré, et qui présentent donc plus de risque de développer des pathologies chroniques liées à l’avancée en âge. Il s’agit aussi de valider ou non des thérapeutiques telles que les sénolytiques (ciblant les cellules sénescentes), ou encore l’intérêt potentiel des cellules souches. De nombreuses initiatives ont lieu dans le monde afin de définir notre âge réel. C’est un des principaux objectifs du projet INSPIRE.

Le JMC : Lors de la présentation de la Stratégie Vieillir en bonne santé le 16 janvier dernier, Agnès Buzyn a annoncé l’expérimentation dans plusieurs régions d’un programme de dépistage de la fragilité selon la démarche ICOPE (voir encadré). Comment cette expérimentation va-t-elle se concrétiser ?

S.G. : Nous allons en effet mettre en place dès cette année, en collaboration avec l’ARS Occitanie et le CHU de Toulouse, un programme d’expérimentation permettant à certains professionnels, notamment les infirmières libérales, de pouvoir dépister un certain nombre de fragilités chez les seniors à partir du programme ICOPE de l’OMS (questionnaire de dépistage étape 1 ou step 1 du programme ICOPE de l’OMS). Il s’agira ensuite pour ces professionnels de proposer, en concertation avec le médecin, un plan de prévention personnalisé pour favoriser le maintien des fonctions et de l’autonomie (activité physique, prévention de la dénutrition…), d’évaluer les résultats pour éventuellement généraliser certains protocoles et adapter, dans les années qui viennent, nos politiques de prévention de la perte d’autonomie.


Qu’est-ce que la démarche ICOPE ?

Le programme ICOPE (Integrated Care for Older People), conçu par l’Organisation Mondiale de la Santé sur la base du modèle des capacités intrinsèques (la mobilité, la nutrition, les fonctions sensorielles, l’état psycho-social et la cognition), constitue une démarche innovante de prévention du déclin fonctionnel. Il s’agit d’un programme de soins ciblés reposant sur une évaluation et le suivi des capacités intrinsèques. Il complète l’approche clinique centrée sur les pathologies.


La prévention dans l’assiette

On le sait, les troubles alimentaires des résidents en Ehpad, que ce soit la dénutrition, le déficit sensoriel, la perte d’appétit, les troubles bucco-dentaires, et les troubles praxiques, sont de vrais facteurs de perte d’autonomie chez la personne âgée. C’est en tous cas le constat du centre de recherche de l’Institut Paul Bocuse qui a publié en janvier, en collaboration avec la fondation d’entreprise Adréa, « Le plaisir dans l’assiette, personnes âgées en perte d’autonomie », un véritable guide de cuisine à destination des aidants professionnels ou non, qui s’est donné pour objectif de redonner le plaisir alimentaire à des personnes âgées en perte d’autonomie. À chaque difficulté, des solutions sont suggérées et doivent être appliquées au cas par cas. Ainsi, le déficit sensoriel fait que, si les recettes qui sont proposées ne sont pas modifiées (en assaisonnant suffisamment par exemple), les personnes âgées trouvent les aliments plus fades et perdent leur plaisir de manger.

Il est précisé que les médicaments influencent l’odorat. C’est pourquoi, avec l’accord du médecin, il est conseillé de les prendre après manger. Face à la perte d’appétit, il est proposé de préparer le corps au repas en commençant par une boisson chaude ou un produit sucré pour donner faim. Autant de conseils simples et pratiques dont pourraient facilement s’inspirer les médecins coordonnateurs.

Pour plus d’informations :

https://fondation.adrea.fr/uploads/documents/5dee52df01826.pdf

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