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© Patrick Dagonnot

13 juillet 2020

Entretien avec Xavier Gervais, vice-président de la Ffamco

Alors que le Ségur de la santé organisé suite à la crise s’achève, Xavier Gervais, vice-président de la FFAMCO, exprime les attentes des médecins coordonnateurs à l’occasion de cette vaste concertation.

Le Journal du Médecin Coordonnateur : Quelles sont les attentes de la FFAMCO à l’occasion du Ségur de la santé et après la crise sanitaire historique qu’a traversé notre pays ?

Dr Xavier Gervais : Tout au long de la crise, le rôle des médecins coordonnateurs a été décisif. Ces derniers ont en effet assumé la gestion des coordinations au sein de l’Ehpad, mais aussi sollicité les ressources externes pour répondre aux besoins de soins des résidents et permettre, à l’échelle du territoire, à des acteurs très différents de travailler ensemble. Il faut souligner également le rôle pivot joué par les Idec, notamment dans les établissements sans médecin coordonnateur. Si l’utilité du médecin coordonnateur ne fait désormais plus aucun doute, il convient qu’elle soit formellement reconnue. Ce que nous attendons de ce Ségur est avant tout une prise en compte équitable de la valeur professionnelle de chaque maillon constituant la chaine du parcours de soin des personnes âgées, dont les Ehpad. Ceux-ci ont des compétences et un savoir-faire propres et n’acceptent plus d’être considérés comme la voie de garage de l’hôpital où l’on fait de la sous-médecine. Cette reconnaissance passe par une représentation de l’ensemble des professionnels de santé dans les instances décisionnelles, et non plus uniquement consultatives, à tous les niveaux : local, régional et national, mais également par des moyens matériels, humains et médicaux, ainsi que des revalorisations salariales. Il faut en finir avec la peur de la « médicalisation » qui est le prérequis d’une vie de qualité en Ehpad. En revanche, il ne s’agit pas de sombrer dans « la sanitarisation » en calquant le modèle hospitalier, mais de mettre en œuvre dans les faits la démocratie sanitaire prônée depuis de nombreuses années, tant dans la gouvernance que dans l’évolution de l’outil Pathos. Enfin, il ne serait pas inutile de clarifier et de consolider le statut des professionnels qui coordonnent. Comment expliquer que les missions des Idec ne soient toujours pas définies et que le temps de présence et le salaire des médecins coordonnateurs demeurent aussi bas ? Ces situations ne sont plus acceptables !

Le JMC : Le troisième pilier du Ségur se fixe de fédérer les acteurs de la santé à l’échelle des territoires. Comment atteindre cet objectif ?

X.G. : La logique de réseau qui a eu cours pendant la crise a sans doute permis d’éviter de nombreux décès, mais elle a été bien souvent expérimentale et variable selon les territoires jusqu’à la mise en place très tardive des astreintes gériatriques. Il faut désormais pérenniser toutes ces coopérations en faisant en sorte qu’elles ne dépendent plus que de la bonne volonté des acteurs. Si le numérique et la téléconsultation apparaissent comme des alliés de choix pour atteindre cet objectif, il convient de formaliser clairement les relations des Ehpad avec les hôpitaux en nous fixant des objectifs communs et contraignants comme par exemple l’échange de personnels, par le biais de stages de comparaison pour apprendre à se connaître mutuellement, ou encore la participation obligatoire des acteurs dans les instances de gouvernance de l’hôpital et des Ehpad d’un territoire.

Le JMC : Tout au long de la crise, les Agences Régionales de Santé ont été au centre de bien des critiques du côté des médecins coordonnateurs. Une réforme des agences doit-elle être envisagée dans le cadre de ce Ségur ?

X.G. : Il est vrai que le terrain s’est montré très critique ces derniers mois envers les ARS, dont certaines ne nous ont clairement pas aidé durant la crise. Pour autant, il faut éviter de sombrer dans la caricature car les agences sont probablement les seules instances, à l’échelle des territoires, qui peuvent nous permettre d’atteindre cet objectif de coordination des acteurs, mais pour cela il faut qu’elles évoluent et sortent de leur champ étriqué administratif et gestionnaire. Une V2.0 des ARS mérite donc de voir le jour en permettant aux soignants, qu’ils soient de ville, de l’hôpital ou d’Ehpad, de participer à leur gouvernance et aux processus de décision. Cette option permettrait aux agences d’éviter de se retrouver complètement déconnectées des réalités du terrain.

Le JMC : Un des piliers du Ségur est de revaloriser ceux qui soignent. Quels sont les défis à relever sur ce sujet dans les Ehpad ?

X.G. : Quand on interroge les professionnels, tous secteurs confondus, sur ce qui est le plus important, le salaire ne vient jamais en premier. Les soignants ne font pas exception et sont avant tout attachés à la qualité de vie au travail et à la reconnaissance de ce qu’ils font. Il faut donc espérer que le Ségur ne débouchera pas simplement sur une revalorisation salariale, qui est toutefois vitale tant on vient de loin, mais abordera également la question des effectifs, des diplômes et des évolutions de carrières avec une nécessaire réflexion autour de nouveaux métiers. Par exemple, si une aide-soignante a la perspective en début de carrière de devenir aide-soignante coordonnatrice un jour, il est clair qu’elle aura plus tendance à rester fidèle à l’Ehpad qui l’emploie…

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