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18 septembre 2019

Entretien avec Etienne GRASS
Vice-Président exécutif chez CAPGEMINI INVENT

Etienne Grass, qui a copiloté la rédaction du Rapport « Grand Âge et Numérique : objectif 2030 » avec Matières Grises, revient pour le Mensuel sur quelques éléments de réflexion.

Le Mensuel des Maisons de ­Retraite  : Ce Rapport donne des pistes pour rattraper le retard du secteur du Grand Âge en matière numérique. Quelle serait pour vous une transformation réussie ?

Etienne Grass : Une transformation réussie, ce seront des solutions construites avec leurs utilisateurs finaux, et pleinement mises au service du repérage de la fragilité, de la qualité des accompagnements, de la soutenabilité du travail et de la performance de la gestion.

Le critère clé pour évaluer la réussite de ce type de transformations, c’est l’adoption des solutions par les utilisateurs. Les outils doivent être conçus en partant de l’expérience des professionnels. Or, aujourd’hui, cette notion de « design UX » est trop peu appropriée dans le médico-social.

Pourtant, des solutions numériques bien conçues peuvent aider les professionnels à anticiper et donc prévenir certaines évolutions de l’état de santé des personnes âgées, prendre les bonnes décisions, tracer les actes-clés pour sécuriser la prise en charge, tout en gagnant du temps. Et pour les usagers elles favorisent la personnalisation des services.

Le MMR : Les plans nationaux en cours peuvent-ils faire la différence ?

E.G.: Sur l’aspect financier, il faut à tout prix éviter le saupoudrage. Le soutien à hauteur de 30 M€ sur 2019 est encourageant mais ne peut être qu’un amorçage si on le compare aux plans qui se comptent en centaines de millions sur l’hôpital.

La fonction SI doit d’abord se structurer en étant mutualisée entre les établissements trop petits pour l’assurer eux-mêmes, en développant des contractualisations multi-gestionnaires et des ressources d’accompagnement adéquates.

Un état des lieux de départ est lui aussi indispensable. Le seul qui existe, réalisé par l’ANAP, n’est pas suffisamment précis. Le Ministère et la CNSA vont avancer à l’aveugle et arroser le sable s’ils ne disposent pas d’une base objective pour définir leur stratégie. Le sujet est peu présent dans le rapport Libault, il ne doit pas être dépriorisé ou omis du chantier législatif.

Autre point de vigilance : la construction de cette politique en cohérence avec les choix faits sur l’hospitalier et sur les territoires par les ARS. Le numérique doit pouvoir fluidifier la communication et la coopération entre ces secteurs. Pour cela, la CNSA et l’Agence du numérique en santé doivent être clairement missionnées pour définir des référentiels nationaux.

Le MMR: Le médico-social est en retard, notamment par rapport au sanitaire. Quelles leçons tirer de sa transformation numérique réussie ?

E.G.: Au vu du morcellement du médico-social, j’insisterais sur la nécessaire mutualisation de la fonction SI entre structures pour concevoir des stratégies pertinentes, suivre le rythme des innovations technologiques et sécuriser les données.

Si les ESMS ont besoin de motivation, rappelons que pour les établissements sanitaires, les SI sont désormais une source de données extrêmement précieuses pour piloter leur activité, connaître leurs patients et analyser leur positionnement sur le territoire.

Le MMR: Dans cette transformation numérique, quelle place donner aux Ehpad ?

E.G.: Le soutien de la puissance publique ne remplacera pas la force d’initiative des établissements. A eux de se saisir de l’enjeu de cette transformation. C’est une question de priorité stratégique. Les dirigeants doivent en avoir conscience, et chercher à accroître leur propre culture numérique, en se formant notamment. J’espère que notre rapport sera une contribution à cette nécessaire pédagogie.

La participation active des équipes et le management collaboratif sont des marqueurs de la culture des organisations les plus matures sur le digital. Progresser sur cette voie sera un vrai levier pour un plus fort engagement des salariés, facteur de fidélisation.

La transformation numérique est en phase avec la transformation en cours de l’offre : le paradigme du domicile comme centre de gravité, l’EHPAD « ressource » pour son territoire, les coopérations territoriales renforcées. L’Ehpad est au cœur de cette transformation, il doit en être un moteur.

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