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13 juillet 2020

Entretien avec Anne-Hélène Decosne, présidente de la FFIDEC

Présidente de la FFIDEC depuis le 27 avril, Anne-Hélène Decosne revient sur les ambitions de la Fédération après trois mois de crise intense dans les établissements et à l’approche d’échéances législatives majeures.

Le Journal du Médecin Coordonnateur : Quels sont les grands chantiers pour la FFIDEC dans les mois à venir ?

Anne-Hélène Decosne : Si nous voulons peser dans les débats et faire en sorte que les IDEC aient une place claire, reconnue et cohérente pour une prise en charge et en soins de qualité, il convient sans doute d’élargir notre base. Nous avons à ce jour un peu plus de 200 adhérents sur le territoire national, mais nous sommes persuadés que notre rayonnement n’est qu’à son début. Nous devons poursuivre cette représentation. Nous invitons sincèrement les IDEC à nous rejoindre afin de porter leurs voix. Cette notoriété est un vrai objectif à moyen terme pour notre fédération.

Le deuxième est de rétablir le dialogue avec les pouvoirs publics pour une évolution réglementaire de notre statut. Nous avions travaillé en 2019 avec la DGCS autour de l’élaboration d’un décret régissant notre profession et nous avons fait de nombreuses propositions dans ce cadre, mais ce travail collectif n’a pas été poursuivi. Nous souhaitons rétablir le contact au plus vite. Je crois que la crise a montré à quel point cette fonction d’Idec était importante, d’où la nécessité de légiférer au plus vite, dans l’intérêt commun des résidents et des soignants.

Le JMC : Qu’allez-vous mettre en place à moyen terme pour atteindre tous ces objectifs ?

A.H.D. : Pour mobiliser plus, il convient d’être plus visible. Nous allons donc renforcer notre présence sur les réseaux sociaux. Dans la même optique, nous souhaitons profondément rénover notre site internet en faisant de celui-ci un espace d’information, d’échanges d’expériences, mais aussi de formation. De la même manière, nous allons faire en sorte que nos professionnelles se rencontrent, car celles-ci sont bien souvent isolées et ont besoin d’échanger. C’est l’objectif de nos journées régionales qui se poursuivront cette année le 29 septembre à Nantes et le 27 novembre à Lyon. Le troisième évènement très important pour nous sont les Assises nationales des médecins coordonnateurs et des Idec qui se dérouleront à Paris les 14 et 15 octobre. Nous devrions organiser des ateliers spécifiques à la profession qui déboucheront sur un manifeste remis au ministre des Solidarités et de la Santé. Nous serons également présentes dans plusieurs tables rondes pour partager nos réflexions avec les médecins coordonnateurs et les directeurs. L’épidémie que nous venons de traverser prouve que sans un trépied efficace, un établissement ne peut pas fonctionner. Toutes les occasions sont bonnes pour le renforcer.

Le JMC : Durant toute la crise sanitaire les Idec ont été au centre de tout. Cet épisode peut-il contribuer à ce que leur statut soit enfin reconnu ?

A.H.D. : J’espère que ce sera le cas, mais il faut tout de même préciser que l’Idec seule n’est rien et qu’au-delà de la nécessaire reconnaissance de son statut, il convient de faire évoluer son positionnement afin de valoriser son expertise, son rôle en matière de formation des équipes, sa place dans l’animation des réseaux gérontologiques. L’Idec doit aussi pouvoir compter sur des personnels formés et motivés, ce qui suppose de renforcer l’attractivité des métiers du soin en établissement. Il semble enfin nécessaire de repenser le modèle des Ehpad. Ces derniers ont été avant tout envisagés comme des lieux de vie, mais cette crise nous a montré que le défaut d’équipement médical les avait mis en grande difficulté et en situation de dépendance vis-à-vis des hôpitaux. Certes, il ne s’agit pas de basculer dans un modèle hospitalier, mais peut-être de travailler à une plus grande médicalisation au regard de l’état de santé des résidents. Le modèle actuel est encore un héritage de 2002, malgré les mises à jour régulières (intégration du PMP…). Ne serait-il pas temps de repenser plus globalement la structure au regard des GMP et PMP grandissant ?

Le JMC : Le Ségur de la Santé, mais également la perspective d’une loi Grand âge et autonomie sont-elles pour vous des occasions de faire avancer vos positions ?

A.H.D. : Nous avions beaucoup d’espoirs à l’approche du Ségur de la Santé, mais il faut bien se rendre à l’évidence : les Idec et les infirmières en général, ne font pas partie de la table des négociations malgré le rôle qu’elles ont joué durant la crise et leur expertise métier propre. Nous avons donc souhaité nous réunir avec une trentaine d’autres fédérations professionnelles pour porter le « Duquesne de la Santé », une concertation parallèle dans laquelle nous portons de nombreuses propositions pour le secteur infirmier, avec un certain nombre de fondamentaux concernant les Idec, notamment une nécessaire reconnaissance de la profession avec des missions et un statut clairs, une formation initiale balisée à laquelle nous pourrions largement contribuer et une grille salariale commune à toutes les Idec. La position des IDEC dans les structures atteste d’une expertise unique et indispensable au bon fonctionnement des établissements. Notre valeur fondamentale reste le « care ». Nous sommes donc légitimes pour participer pleinement aux discussions à venir notamment celle concernant la loi Grand âge et autonomie.

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