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25 avril 2019

Du rififi au CNP de gériatrie

Un décret en vigueur le 30 avril prévoit désormais que pour faire partie du CNP de gériatrie, il faut être qualifié de gériatres. Un texte qui n’est pas du goût de tout le monde, en particulier du côté des médecins coordonnateurs exerçant la médecine générale.

Le dernier conseil d’administration du Conseil national professionnel (CNP) de gériatrie n’a pas été de tout repos, c’est le moins que l’on puisse dire. En cause, la mise en œuvre du décret du 9 janvier 2019 relatif aux missions, à la composition et au fonctionnement des Conseils nationaux professionnels des professions de santé. Ce texte, qui devrait entrer en vigueur le 30 avril, dispose que « chaque profession ou spécialité ne peut être représentée que par un seul Conseil national professionnel. Le terme de spécialité s’entend comme visant des professionnels de santé ayant validé des diplômes et titres ouvrant droit à la spécialité ou, à défaut, ouvrant droit à la qualification ou, à défaut, correspondant à l’inscription au tableau de l’Ordre lorsque la profession dispose d’un Ordre. »

En clair entre une représentation au sein du CNP de gériatre et une représentation chez les médecins généralistes, il faudra désormais choisir. Une directive qui suscitent quelques crispations. « Ce texte peut paraître anodin mais ses conséquences sont catastrophiques en l’état pour les médecins coordonnateurs et surtout pour les résidents des Ehpad », affirme Pascal Meyvaert, vice-président de la FFAMCO et secrétaire du SMCG. Selon lui en effet, un grand nombre de médecins coordonnateurs exerçant également en tant que généralistes, se verraient contraints de faire le choix entre cet exercice et la gériatrie. Une décision qu’ils se refusent de prendre, en pleine discussion autour la réforme de la future formation alternative à la disparition de la capacité en gériatrie. Mais ce n’est pas tout, explique Pascal Meyvaert : « Au travers de la mise en œuvre de ce décret, on retrouve la volonté d’exclure les médecins généralistes des Ehpad et de les remplacer par des gériatres. Cette option est tout à fait dommageable pour les résidents qui souhaitent garder des relations privilégiés avec leur médecin traitant, mais également totalement illusoire, au regard du nombre de gériatres actuellement formés ou exerçant en France, qui est largement insuffisant pour assurer une présence médicale dans les 8 000 Ehpad de notre territoire. »

Gériatres vs généralistes : l’opposition absurde

En dépit de toutes ces critiques, la FFAMCO a choisi de rester au CNP de gériatrie, tout comme le MCOOR, en quête de compromis. « Notre association a toute sa place au sein du CNP car elle représente une partie de l’exercice de la spécialité de gériatrie. Toutefois, compte tenu des possibilités d’exercice non exclusif du métier de médecin coordonnateur, nous n’imposerons pas à tous nos membres d’être qualifiés ordinalement en gériatrie, mais nous nous engageons à ce que les membres de MCOOR désignés pour siéger au CA du CNP le soient », explique Gaël Durel.

Le SNGIE en revanche, dont 90 % des membres ne sont pas gériatres, a choisi de quitter purement et simplement le CNP, comme le confirme Renaud Marin la Meslée, son président : « Adhérer au CNP de gériatrie, c’est désormais s’engager à se faire qualifier comme gériatre si on ne l’est pas déjà et une fois qualifié pour une spécialité, celle-ci devient exclusive. Il est hors de question que les médecins coordonnateurs membres du SNGIE abandonnent leur cœur de métier : la médecine générale. Ne manque-t-on pas déjà de généralistes ? » D’autre part, selon le président du SNGIE, le principal rôle des CNP est de proposer les orientations du DPC de ses membres. « Notre syndicat ne souhaite pas se prononcer sur ce point. Les médecins coordonnateurs ne sont pas légitimes pour se mêler du DPC des gériatres. Et rester au CNP de gériatrie, c’est dire que le DPC des médecins coordonnateurs doit relever des seuls gériatres, ce que nous refusons. » Le SNGIE précise tout de même qu’il sera toujours présent pour peser dans les débats, en particulier concernant la préparation du futur diplôme national de médecin coordonnateur. Bref, l’avenir est sauf…

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