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22 mai 2020

Du déconfinement au plan d’urgence

paru dans Le Journal du Domicile

Passé la phase aigüe de la crise, dont il serait prématuré de dresser un bilan complet, celle transitoire, du déconfinement est cruciale. Elle permet à la fois d'amorcer le retour à la vie normale, mais aussi de commencer à mesurer l'état économique des SAAD, qui nécessitera plus qu'un coup de pouce.

Les SAAD ne se sont en réalité pas arrêtés, le confinement n’a été que très partiel, voire pour beaucoup de salariés, y compris les dirigeants, il a constitué une période plus intense qu’à l’accoutumée. Cellule de crise quotidienne, équipes omniprésentes, polyvalentes, solides et solidaires, avec de belles réussites à la clé : les prestations vitales pour les plus fragiles ont continué d’être assurées, le plus souvent sans compter, ni ses heures, ni le surcoût que cela représente. Puis est venu le déconfinement, davantage de public à servir et en principe, davantage de salariés disponibles, mais aussi toute une série de problématiques organisationnelles, sanitaires et économiques qui perdurent ou qui apparaissent.

« Le déconfinement est encore compliqué. C’est parfois la bataille pour accéder aux transports. Certaines aides à domicile ont du mal à arriver sur le lieu de travail. » explique Dafna Mouchenik, Présidente du Synerpa domicile, qui déplore par ailleurs que « le dispositif de test n’est pas généralisé au niveau national pour les aides à domicile ».

Au-delà du risque sanitaire, toujours présent donc, c’est aussi psychologiquement qu’il faut gérer le début de l’après-crise « Les gens ont été très marqués, les bénéficiaires inquiets, ils ont subi un véritable choc psychologique, il faut retravailler chaque situation pour les rassurer et repartir sur de bonnes bases » relate Thierry d’Abboville, secrétaire général de l’ADMR.

Quels surcoûts ? Quels financements ?

Mais c’est surtout la réalité économique qui rattrape aujourd’hui les SAAD, avec une double peine : les pertes d’activité et les surcoûts liés à la crise. « Les pertes de chiffre d’affaire sont d’au moins 30%, sans compter toute une série de surcoûts : les EPI, les taxis, les heures supplémentaires, le renfort des services back-office, les actions RH supplémentaires et l’aide psychologique » détaille Dafna Mouchenik.

Et cela sans compter que la santé moyenne des SAAD, dont les marges sont structurellement faibles, n’est pas florissante. « Le moment est dur pour tout le monde. Il l’est encore plus pour un secteur qui était déjà en grande difficulté économique » résume Amir Reza-Tofighi, le président de la Fedesap. Alors quelles aides demander, en plus de ce qui est prévu pour l’ensemble des secteurs d’activité ?

« Nous avons besoin que le chômage partiel se poursuive car il y a toujours des problèmes importants dans les emplois du temps, de nombreuses personnes âgées ayant peur de faire rentrer une aide à domicile chez elles » analyse Dafna Mouchenik. Plus spécifiquement sur l’aide à domicile. Une mesure est déjà obtenue ou presque : le maintien des dotations APA et PCH par les Conseils départementaux.  Un principe généralement mais pas systématiquement adopté par les CD. Deux ordonnances sont venues en confirmer le principe, mais le décret d’application est toujours en attente. Selon Hugues Vidor, directeur général d’Adedom « Les modalités de maintien de la dotation seront soit basées sur le budget prévisionnel, soit sur l’année n-1, soit sur les dotations du mois de mars. On nous dit que la formule la plus avantageuse sera retenue, mais il n’y a pas encore de confirmation formelle »

Plan ou loi ?

Une mesure appréciable si les promesses sont tenues, mais qui ne répond pas aux surcoûts liés au Covid, type EPI et autres, pour lesquels Dafna Mouchenik propose « un financement supplémentaire via une prise en charge par la CNSA » là où d’autres fédérations comme Adedom ou l’ADMR, tout en se tournant vers la CNSA demandent rien de moins qu’un plan d’urgence. « L’accès aux aides type prêt garanti par l’Etat est lent et long. Un fond d’urgence doit venir compenser la perte d’activité et couvrir les dépenses non prévues, un plan de l’ordre de 400-500 millions d’euros, qu’une commission au sein de la CNSA serait chargée de piloter » imagine Hugues Vidor. « Un plan d’urgence adapté aux réalités de notre secteur où on est rapidement en difficulté, même sans avoir perdu 50 ou 60% de son activité, et qui tienne compte à la fois de l’aspect social et médico-social de notre secteur, mais aussi de sa dimension économique » complète Thierry D’Abboville.

Un plan qui fait presque l’unanimité même si les sommes et le ciblage méritent une réflexion approfondie. Amir Reza-Tofighi veut prendre quelques précautions « il s’agit surtout de compenser d’une manière ou d’une autre la perte d’activité liée au Covid, par un chômage partiel prolongé par exemple. Ca peut être aussi une revalorisation de l’APA et de la PCH. En revanche, un fond généralisé, sans ciblage, qui financerait des déficits non liés au Covid ne serait pas une bonne chose ». En effet, il faut bien distinguer les problématiques conjoncturelles de celles structurelles du secteur. Plan d’urgence dans un cas, loi dans l’autre.

Deux séquences qui devront donc s’enchainer si tout se passe bien. Sauf contre-ordre, rendez-vous est toujours pris fin 2020 pour la loi Grand âge et autonomie « C’est la loi grand âge qui est urgente. Il faut arrêter les coups de rustine. Et cette fois, agir dans la concertation. Nous sommes prêts à participer activement à son élaboration. Il faut sortir du mépris dont le secteur fait l’objet » conclue Dafna Mouchenik. Certes, mais le chantier apparait titanesque : passer de l’ombre à la lumière, du mépris à la considération, de la pénurie à l’abondance en quelques semaines relèverait du miracle. Mais après tout, comme personne n’aurait imaginé la situation actuelle il y a 6 mois, il est permis d’imaginer ce qu’elle devrait idéalement être dans 6 mois.


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