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23 avril 2020

Drame du Covid-19 : il est temps de tout revoir

L'édito du Journal du Médecin Coordonnateur n°86

Voilà près de 17 ans – le JMC a été créé en 2003 au lendemain du drame de la canicule – que notre journal suit, pas à pas, l’évolution du métier de Médecin Coordonnateur en Ehpad. Introduite peu ou prou dans les établissements à partir du début des années 2000, cette fonction est devenue au fil du temps essentielle. Comme l’est aussi celle d’IDEC.

Jamais depuis 20 ans, les soignants en Ehpad n’auront vécu une crise sanitaire d’une telle intensité. Jamais depuis 20 ans, le métier de médecin coordonnateur ne s’est révélé aussi fondamental. Jamais le courage et l’abnégation des infirmières, aides-soignantes, agents de service hospitalier ne sont apparus aux yeux de l’opinion publique comme aussi évidents.

Mais comme le dit fort justement le Pr Claude Jeandel dans nos colonnes, la crise du Coronavirus a aussi été le révélateur de nos faiblesses et de nos insuffisances.

Pourquoi, la France, en matière de masques, de tests, de surblouses, d’oxygène a-t-elle aussi imprévoyante ? Comment la fable consistant à nous auto-présenter comme le « meilleur système de santé du monde » s’est-elle fracassée sur la réalité ? Début mars, William Dab, l’ancien directeur général de la Santé, expliquait à la télévision que jamais le comportement des hôpitaux italiens refusant les moins de 70 ans en réa ne serait possible en France. Un mois plus tard, dans le Grand Est, en Ile de France, des vieux mourraient en Ehpad ou à domicile, le 15 refusant d’ordonner une hospitalisation faute de places.

Mais aujourd’hui, on est en droit de se poser des questions.

Comment a-t-on pu, tous, accepter complaisamment qu’un tiers des Ehpad en France n’ait plus de médecin coordonnateur ? Comment a-t-on pu maintenir le MC dans un rôle de salarié à temps partiel incapable, sauf exception, de prescrire ? Comment est-on arrivé au fil du temps à bloquer tout accès au tarif global ? Pourquoi a-t-on été si timoré sur la prise en charge matérielle et financière de la télémédecine ? Comment, surtout, -a-t-on pu se résoudre à ce que les personnels soignants soient en nombre si faible et qu’ils soient si mal rémunérés ?

Il ne s’agit ici d’accuser personne. Et notamment pas les politiques ou les « technos ». Car la vérité consiste à dire que nous avons tous notre part de responsabilité en ayant accepté collectivement une forme de résignation.

Après la canicule de 2003, nombreux furent ceux qui crièrent : « plus rien ne sera comme avant ». Et tout, ou presque, continua comme avant. Après le drame du Coronavirus dont les victimes sont à 75% des plus de 75 ans et qui a décimé à ce jour près de 8.000 résidents en Ehpad, il va falloir tout revoir du sol au plafond. Telle est notre exigence. Tel est notre devoir moral envers ces milliers de victimes.

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