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18 mars 2020

Coronavirus en Ehpad :
garde d’enfants et lutte des masques

paru dans Le Mensuel des Maisons de Retraite

Depuis quelques jours, vous êtes confrontés à 3 sujets : la garde des enfants des personnels soignants ; la quantité de masques disponibles ; et la persistance d’un lien social entre les résidents et les familles. Voici un petit point d’info suite à notre Newsletter de vendredi dernier.

Samedi soir, le Premier Ministre a décidé du passage au stade 3 et ordonné la fermeture de tous les bars, restaurants et commerces non indispensables. Lundi soir la situation a pris une nouvelle dimension avec les mesures de confinement décidées par le Gouvernement à partir de mardi midi. Pendant ce temps, dans le secteur des Ehpad, 3 sujets sont aujourd’hui au cœur des préoccupations.

Sujet n°1 – La lutte des masques

Dès la fin de la semaine dernière, la question du stock disponible de masques est devenue un sujet central. De nombreux professionnels ont alerté les pouvoirs publics sur ce qui commençait à apparaître comme un déficit de masques.

La question porte d’abord sur l’opportunité du port du masque.

Dès le 13 mars, le Ministère de la Santé a donné ses consignes dans un document largement diffusé à tous. La doctrine consiste alors à établir une zone de prise en soins spécifique dans laquelle le personnel utilisera des masques chirurgicaux. Un masque qui doit se porter « dès l’apparition de symptômes” ce qui signifie que son port n’est donc pas à ce stade généralisé.

Marc Bourquin, conseiller stratégique à la FHF
© Patrick Dagonnot

Or, pour Marc Bourquin, conseiller stratégique à la FHF, l’urgence consiste à « donner des masques à tous les Ehpad pour éviter que le virus entre dans les établissements ». D’aucuns jugent en effet qu’il est désormais nécessaire pour tous les personnels soignants de porter un masque à tout moment dès lors qu’ils entrent dans l’enceinte de l’Ehpad. Car c’est d’eux principalement que viendra la contamination en direction des résidents.

Un besoin de 500.000 masques par jour en Ehpad

Mais dans une telle situation, les besoins seraient tout autre. Selon les professionnels interrogés par nos soins ces dernières heures, la consommation quotidienne de masques chirurgicaux est évaluée à … 3 millions d’unités.

1,5 millions pour les hôpitaux, 1 million pour la médecine et les aides à domicile et 500.000 masques nécessaires en Ehpad. Ce chiffre, énorme, se base sur quelques données objectives que vous connaissez tous. On évoque en effet 0,8 masque par lit et par jour soit 8 masques par jour pour 10 lits et donc environ 60-70 masques par jour pour un Ehpad moyen de 80 lits.

Le 13 mars, le Ministère rappelait que début mars “deux opérations nationales de déstockage, à hauteur de 25 millions de masques, ont été réalisées pour répondre aux besoins des établissements de santé de référence, des professionnels de santé de ville, des professionnels du secteur médico-social et des transporteurs sanitaires”.

Masques vs. Droit de retrait

Lors d’une visio-conférence avec la DGCS mardi en début d’après-midi, certaines fédérations ont lancé un cri d’alerte craignant que faute de masques en nombre suffisant, certains personnels se mettent à revendiquer leur droit de retrait. Courageux les personnels soignants, oui, mais pas irresponsables. Un grand groupe d’Ehpad avouait qu’il possédait un stock important de masques. Mais que si la consigne consistait à en utiliser pour tous les personnels de leur entrée à leur sortie en Ehpad, le stock s’évanouirait en 48 heures.

Le Gouvernement bien conscient de l’enjeu a promis de fournir en nombre suffisant les professionnels. Encore faut-il que le rythme de fabrication des masques puisse suivre. On parle déjà, de commandes faites à des pays étrangers. Ce mercredi 18 mars, on annonçait la livraison en provenance de Chine d’un million de masques envoyé à la France par deux organisations humanitaires chinoises. Mais d’autres tentent aussi de mobiliser l’industrie textile française pour qu’elle se consacre d’urgence à relever ce défi tout comme LVMH par exemple vient de produire des gels hydroalcooliques.

Aurélie Altheimer, chargée de communication du Réseau APA, groupe associatif basé dans le Haut-Rhin, département au cœur de la crise la plus grave, a estimé son besoin de masques à 75.000 pour un mois pour l’ensemble des services du Réseau (Ehpad, Résidences, portage de repas, SSIAD…). Autant dire qu’on est loin du compte aujourd’hui dans un département particulièrement touché. Le Réseau APA comme les autres acteurs du département sont donc inquiets de se retrouver rapidement sans solutions. La région de Lyon est également indiquée comme une zone où la tension est forte en matière d’offre de masques.

Sujet n°2 – La garde des enfants des personnels soignants

Autre sujet à gérer : la fermeture des crèches, des écoles et des collèges qui a créé un certain émoi parmi les personnels soignants dont la présence dans les établissements aujourd’hui se révélait incompatible avec la garde d’enfants. Mais dès vendredi dernier, 13 mars, le Ministère de la Santé a annoncé mettre en place un “service de garde”, région par région, pour que “les personnels qui sont indispensables à la gestion de la crise sanitaire puissent faire garder leurs enfants et continuer d’aller au travail“.

Dès lundi, un système a été mis en place pour “garantir que les enfants des personnels essentiels pour notre système de santé et de prise en charge pour les personnes les plus vulnérables puissent être accueillis dans les écoles et les collèges, ainsi que dans les crèches. Il n’y aura pas de classe, mais les enseignants seront présents dans ces établissements pour accueillir les enfants des personnels essentiels à la santé du pays“. Idem pour les assistantes maternelles qui pourront accueillir jusqu’à 6 enfants de moins de 3 ans simultanément ».

Des mesures qui valent aussi bien pour les personnels hospitaliers (SSR, HAD) que médico-sociaux (Ehpad, Ssiad, Résidences Autonomie…).

Au lendemain de cette première journée du lundi 16 mars, peu de « bugs » remontaient du terrain. Pourtant le système ne fonctionnait pas non plus à la perfection. On a eu écho d’une école qui a refusé l’accès à des enfants à un directeur d’Ehpad sous prétexte qu’il n’était pas soignant. Là, un blocage parce que l’école demandait à ce que les deux parents soient des soignants auquel cas l’autre parent devait être disponible pour garder les enfants. Mais globalement deux jours après la mise en œuvre de cette mesure, on se rendait compte qu’elle rendait service à certaines familles quand d’autres avaient trouvé des solutions alternatives.

Sylvain Rabuel, PDG de Domus Vi
© Franck Dunouau / DomusVi

Sylvain Rabuel, PDG de Domus Vi, témoigne : « Comme notre groupe gère 8 Ehpad dans le département de l’Oise, le premier qui fut touché, nous avons pu anticiper d’une quinzaine de jours par rapport aux autres la question des gardes d’enfants ». « On a recensé, établissement par établissement, la situation familiale précise de chaque salarié et les besoins qui allaient avec » poursuit-il. Si certains salariés ont recours au service de garde mis en place par l’Etat depuis lundi, d’autres ont anticipé. On a vu ainsi des systèmes de garde entre salariés eux-mêmes se mettre en place. « Nous payons » précise Sylvain Rabuel « des salariés qui restent chez eux pour garder les enfants d’autres salariés qui eux sont au travail ». Ce système d’aide informel, traduction de l’énorme solidarité qui existe entre salariés, s’est fortement développé ces derniers jours.

Aurélie Altheimer (Réseau APA)

Aurélie Altheimer (Réseau APA) nous le confirme : « la solidarité dont font preuve les personnels est exceptionnelle. Certaines personnels même administratifs viennent travailler le week-end ». Le Réseau APA a même mis en place une cellule de soutien psychologique pour les salariés, la tension à laquelle ils font face, surtout dans cette région de Mulhouse, étant très forte.

Pour autant, la courbe des âges des salariés en Ehpad est telle que tous les salariés ne sont pas concernés par cette question de garde d’enfant. Les moins de 30 ans et plus de 50 ans constituent en effet 50% des effectifs de personnel en Ehpad.

Sujet n°3 – Lien avec les familles : le système D

En marge de ces problèmes posés aux gestionnaires d’établissements, la vie continue… Et tous les établissements redoublent d’efforts pour mettre en place des modes de communication numérique entre familles et résidents.

Skype et WhatsApp sont devenus des outils privilégiés en matière de lien social. Ainsi que l’outil Familéo implanté depuis plusieurs années dans bon nombre d’Ehpad mais dont l’utilisation prend plus encore toute sa pertinence. La jeune start-up Familink a également proposé de prêter gratuitement aux Ehpad qui en faisaient la demande leur tablette de communication.

Des ARS formidables

Mais on ne saurait terminer ce billet sans rendre hommage, aux personnels des Ehpad – cela va de soi – mais aussi aux agents des Agences Régionales de Santé dont tous nos interlocuteurs nous disent qu’ils sont au taquet.

Au taquet et… exposés. On sait que le directeur d’ARS Hauts de France, Etienne Champion, fut un des premiers touchés par le Covid-19. Mais certains membres de la cellule de suivi de l’ARS Ile de France ont également été contaminés. On a suffisamment l’habitude ici de rendre hommage aux blouses blanches pour ne pas occulter en ces temps agités l’engagement formidable des fonctionnaires des ARS.

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