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3 janvier 2020

Comprendre le modèle Burtzoorg en 3 points

paru dans Le Journal du Domicile

L’idée d’une organisation plus autonome dans l’aide à domicile fait son chemin. Des SAAD, certes encore peu nombreux, adoptent ce modèle. D’autres s’y forment et le sujet est fréquemment abordé lors des tables rondes de nos évènements. Il l’a également été dans ces colonnes. Et à chaque fois, la référence primaire est celle du Burtzoorg néerlandais. Quesako ? En trois points, nous vous proposons de retourner à cette source pour y puiser l’essence d’un modèle autonome d’organisation dans le social et le médico-social.

  1. L’origine

Tout commence donc aux Pays-Bas et à une période pas si lointaine, puisque c’est en 2006 qu’une équipe d’infirmiers fait le constat que les prestations de soin ne sont pas assez centrées sur l’humain. Jos de Blok, en exercice depuis 16 ans, et son équipe d’infirmiers décident alors de changer le process pour y remettre le patient en son cœur. Il est intéressant de noter qu’à la base, c’est d’une innovation organisationnelle tournée vers la personne soignée dont il s’agit.

Le process se fonde sur l’autonomie des soignants, une douzaine au départ, mis en réseau par une plateforme et capables de gérer entièrement la prise en charge. Le succès ne se fait pas attendre :  Buurtzoorg, littéralement « soins de quartier », est élu meilleur employeur de l’année en 2011, ainsi qu’en 2012. Mais l’essaimage avait commencé avant, plusieurs équipes autonomes avaient suivi celle de Jos de Blok, qui a tiré de cette expérience un ouvrage qui sert depuis à développer le concept.

Un concept qui repose sur trois principes : 1. La vision globale de la personne et de ses besoins 2. La qualité du soin et de l’accompagnent, basée sur la technique mais aussi et surtout sur la dimension humaine 3. L’autonomisation du patient, acteur de la relation et de la prestation.

  1. Le fonctionnement

L’autonomie est le maître mot de la formule, pour les patients comme pour les soignants. Concernant ces derniers, l’autonomie suppose la constitution d’un réseau social interne fort permettant de se coordonner et d’échanger en continue sur les prises en charges et leur suivi, sur les bonnes pratiques, sur les dysfonctionnements à corriger, etc.

Chaque équipe intervient sur une zone géographique limitée et est en mesure d’assurer tout le process : recherche de patients, analyse des besoins, mise en place de l’intervention, coordination, gestion de planning, suivi des interventions, recrutement, formation et même gestion financière !

On est de fait dans un système d’autogestion et d’automanagement, sans niveau hiérarchique ou presque. C’est une des spécificités fortes du modèle. Le développement tout entier de la structure repose sur l’implication de chacun des intervenants.

  1. Les impacts

On retient généralement trois avantages à ce système. Tout d’abord l’amélioration de la qualité de soins. Etant donné que les infirmiers sont davantage responsabilisés, réactifs et impliqués dans la relation, ils peuvent améliorer en continue la prestation et de façon souple, de surcroît en bénéficiant du travail en réseau avec leurs collègues. Les outils de travail sont aussi plus performants car sur-mesure, adaptables à chaque situation et améliorables dans un collectif de travail qui dépasse chaque équipe Burtzoorg prise séparément, puisque les équipes coopèrent entre elles et utilisent des applications communes. Dès le départ d’ailleurs, un développeur informatique était partie prenante du projet.

Ensuite, les infirmiers sont davantage motivés par cette responsabilisation supplémentaire, par leur pleine implication auprès du patient et par le fait de co-porter le projet de développement de la structure. L’absence de management directif est à l’évidence un gage de bien-être au travail.

Enfin, le modèle est économiquement performant. Selon toutes les études menées aux Pays-Bas, il permet de réduire les dépenses de soins par personne accompagnée : moins d’heures sont nécessaires pour chaque patient et leur taux d’hospitalisation est moindre.

Question subsidiaire : dans quelle mesure le modèle est-il transposable en France dans l’aide à domicile ?

En développement dans différents pays européens, le modèle a été adopté en France dans l’aide à domicile par un collectif appelé « l’humain d’abord » composé de cinq structures. Certes, la mise en application ne peut être une transposition à l’identique, car il ne s’agit pas de la même profession, ni même de patients, mais de personnes accompagnées. En revanche, l’état d’esprit et les principes fondamentaux sont eux conservés et les SAAD qui ont adopté ce modèle déclarent bien se porter à tous points de vue.

Pas encore de consécration mais de premières reconnaissances institutionnelles ont lieu, puisque l’organisation autonome est présentée positivement dans les principaux rapports sur le grand âge et ses métiers remis ces derniers mois aux Ministres, notamment celui de Dominique Libault et celui de Myriam El Khomri.  De là à ce que le modèle soit adopté par la dizaine de milliers de SAAD actifs en France… il y a bien du chemin à parcourir, mais les premières étapes sont franchies avec brio et le sujet suscite un intérêt croissant, à juste raison.


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